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L’Agenda Ironique

L’Agenda Ironique de mai est hébergé par l'excellente Photonanie.

L'action devra se passer en Islande ou au minimum dans une latitude supérieure à 64 °. Les mots ailurophile, syllogomanie, bec à foin et coquecigrue devront être utilisés. Si en plus le texte se présente une ou des anadiploses, Photonanie sera comblée.



Fable écolo

L'ESBO ou Empire State Building of Qeqertarsuatsiaat avait la particularité d'être creusé dans la glace. C''était l'un des premiers et sans conteste le plus grand des igloos troglodytes du monde. Creusé dans une banquise de trois kilomètres d'épaisseur, il s’agrandissait au cours du temps. D'une part, parce que de nouveaux habitants s'installaient et d'autre part, car les habitants en place avaient l'habitude de piocher les glaçons de leur apéro dans les murs pour éviter d'aller jusqu’au frigo.
Un ascenseur monumental reliant le sommet de la banquise et le niveau de la mer desservait 1200 étages. C'est dans cet ascenseur que se déroule cette fable coquecigruesque.

Il faisait chaud depuis pas mal de temps dans cette région du Groenland, j'imagine que c'est ce qui fragilisa le système d'ancrage de l'ascenseur. Celui-ci rompit tout d'un coup et l'ascenseur se mit à tomber dans le vide. À l'intérieur, seule une légère secousse affecta l'ascenseur, personne ne se rendit compte de ce qui s'était passé.
Dieu merci, il y avait un système de freinage d'urgence. Un système un peu archaïque, mais très efficace. Une griffe d'acier l'on pouvait actionner de l'intérieur par une manivelle. Lorsque celle-ci était actionnée, la griffe pénétrait dans la paroi de glace de la cage et pouvait ainsi arrêter l'ascenseur.

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Cliquer sur le drapeau pour visiter le Groenland

L'ascenseur était plein. Dans le fond, les jumeaux Tchang et Yuja Wanberg se chamaillaient, comme toujours. Tchang essayait de piquer le petit piano en plastique de Yuja. Sans hésiter, Madame Wanberg mis une baffe à Yuja. En effet, on était le dix du mois et madame Wanberg avait compris, non sans raison, que plutôt que d'essayer de trouver qui avait tort et qui avait raison, il était plus simple de punir Yuja les jours pairs et Tchang les jours impairs. Elle avait calculé qu'avec ce système, lorsqu’ils sortiraient de l'âge bête, ils auraient eu chacun leur quota exact de baffes éducatives.

Ce fut le professeur Giecomo Sponti Climati qui s'aperçut que quelque chose n'allait pas. En regardant le compteur d'étages, il s’aperçut que ceux-ci défilaient à une vitesse beaucoup trop rapide. Il comprit aussitôt que l'ascenseur tombait.
- Nous sommes en train de tomber, s'écria-t-il, il faut actionner la manivelle de sécurité tout de suite.
L'idée de l'actionner lui-même ne l'avait même pas effleuré. Issu de la vieille noblesse italienne, il répugnait à toute action manuelle. Il ne voulait pas se ridiculiser en n'arrivant pas à tourner la manivelle. Et puis après tout, il y avait assez de monde dans l'ascenseur pour le faire.

Arnoldo, le trader ailurophile, était hyper-concentré, il avait un coup énorme en vue qui ferait sa fortune et le bonheur de milliers de chats.
Racheter un maximum d'actions de l'entreprise Gromatou qui fabriquait et commercialisait des croquettes, cela ferait augmenter leur cours. Quand il serait au plus haut, il revendrait tout d'un seul coup pour provoquer un vent de panique qui ferait chuter le cours. Il pourrait ensuite tout racheter au plus bas et s'emparer de l'entreprise. Il pourrait vendre ses croquettes à prix cassé et même les chats de gouttières pourraient en profiter.
C'était un enjeu autrement important qu'un problème de manivelle. Il n'avait pas temps à perdre avec ces conneries là.

En face de lui, se trouvait Mélanie Trumpette, une syllogomaniaque de génie spécialisée dans les boîtes de conserves vides, les prospectus qu'elle récupérait dans sa boîte aux lettres et les restes de pains devenus durs et immangeables. Elle n'en n'était pas moins un véritable bec à foin lorsqu'elle jouait sur son téléphone. En l'occurrence elle était en passe d'arriver au niveau 153 d'un jeu débile et addictif. Si elle le ratait, plusieurs jours de travail seraient perdus.
Comme il y avait d'autres personnes dans l'ascenseur, elle continua de jouer.

Le dernier passager, monsieur Sinto-Mas ne cru pas un instant que l'ascenseur tombait. Ne ressentant pas les effets de l'accélération, il pensait simplement que l'indicateur d'étages buguait et que l'ascenseur descendait normalement.
Au fond de lui, il était assez fier d'être le seul à ne pas paniquer, le seul à avoir compris ce qui se passait réellement. Il attendait avec impatience l'arrivée de l’ascenseur et il pourrait faire éclater son intelligence.

Le chiffre de gauche du compteur d'étage s'arrêta soudain de tourner, il indiquait maintenant 0.
Peut-être réveillée par la baffe qu'elle venait de prendre, ce fut Yuja qui réagit la première. Elle attrapa la manivelle et commença à la tourner. Malheureusement, elle était trop petite pour atteindre le point haut de la manivelle.
- Aide-moi Tchang, sinon on va tous mourir.
Tchang essaya de l'aider mais en hélas en ce qui concerne la taille, l'addition de nains ne fait pas un géant et ils n'arrivaient toujours pas à faire un tour complet. Les autres passagers étaient sortis de leur torpeur, ils considéraient les deux enfants en commençant à s'interroger.
- C'est incroyable qu'il n'y ait que ces deux enfants qui réagissent, se disaient-ils, personne d'autre ne se bouge le cul ! C'est incroyable l'égoïsme des gens.
Pour être juste, la plupart conclurent que c'était important et qu'ils allaient donner un coup de main pour aider les jumeaux.

À ce moment, l'indicateur d'étage indiqua 0000, l'ascenseur se cracha au rez de chaussée.
Dieu merci, personne ne souffrit. Tous les passagers furent écrabouillés en une fraction de seconde.

Les morceaux de cervelles épars sur les murs ne surent jamais qu'avec une peu plus de réactivité, une autre fin aurait été possible.

John Duff, mai 2022

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L’Agenda Ironique d'avril est hébergé par Jean-Louis pour son blog Tout l'opéra (ou presque).
Le thème général sera « Les Fées sont d’exquises danseuses », mais vous pouvez aussi travailler sur « L’effet son, d’exquises danses, heu(ses) » ou encore, si vous êtes cyclistes, « Les fesses ont d’exquises danseuses ». Il vous faudra glisser ici ou là quelque heureuse homophonie, et si vous réussissez à glisser les mots calembredaine, palimpseste et archéoptéryx, vous gagnerez les félicitations du jury.



Meurtre au Colisée

Une sale affaire pensa le commissaire Bougret, les indices sont plutôt minces.

Le régisseur du Colisée à Roubaix avait été assassiné, étranglé. On avait retrouvé son corps dans le piano à queue de la salle de spectacle. Le régisseur avait été vu vivant dans la grande salle à 14 h. Entre ce moment et celui où on avait découvert son cadavre, seules trois personnes avaient pénétré dans cette pièce.
La première personne qui était restée seule avec lui était Iouja Wang, une pianiste au fort accent chinois. Puis, s'étaient succédé dans la salle la danseuse russe Raspoutina et le ténor mexicain Juan-Luis, c'est ce dernier qui avait découvert le cadavre. D'après le médecin légiste, le régisseur était mort vers 14 h 30.

Le commissaire étudia la salle sous tous les angles. Il s'attarda spécialement sur le piano et ses accessoires, le métronome, jusqu'aux partitions qu'il sembla déchiffrer comme un étudiant de première année de conservatoire. Il convoqua ensuite les trois suspects, il commença par interroger la pianiste :
- Connaissiez-vous le régisseur ? Demanda le commissaire.
- Gelé rang contré lampe assez, répondit Iouja.
- Jeux l'errant con très lampassé, répéta phonétiquement le commissaire sans comprendre, qu'est-ce qu'elle me raconte ? Puis saisissant soudain le sens de la phrase, il s'exclama :
- Sapristi, quel accent, il va falloir vous décoder mademoiselle. Qu'avez-vous répété comme musique ?
- Lèpre élude 2 chauds pains aux puces 10 huitres.
- L'avez-vous tué ?
- Je vous jure que non.
- Pourtant le régisseur est mort à 14 h 30, vous avez commencé à répéter les préludes de Chopin à 14 h. Comme ce morceau dure environ 40 minutes, vous seule pouvez l'avoir tué.
Iouja éclata en sanglots :
- Je vous jure que ce n'est pas moi, je ne comprends pas ce qui s'est passé. Je ne le trouvais pas sympathique mais je ne l'ai pas tué.
- C'est bon, dit le commissaire, je vous confronterai avec les autres suspects tout à l'heure, j'en ai fini avec vous pour l'instant.

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La pianiste ©adrian mercure

Le commissaire fit entrer la danseuse Raspoutina.
- Connaissiez-vous le régisseur ?
- Oui, c'était un brave homme, je suis dévastée par ce crime atroce.
- À quelle heure êtes-vous arrivée dans la salle de répétition ?
- À 14 h 40, Mlle Wang finissait de répéter ses préludes, j'ai attendu qu'elle ait complètement terminé.
- Le régisseur était-il là ?
- Je ne l'ai pas vu. Mlle Wang a terminé sa répétition et elle est sortie. Je l'ai ensuite remplacée sur la scène.
- Quel spectacle avez-vous répété ?
- Je tiens le rôle de la fée Clochette dans une pièce tirée du dessin animé Peter Pan.
- Et ensuite ?
- J'ai répété pendant environ 20 minute puis j'ai été rejoint par Juan-Luis qui tient le rôle de Peter Pan dans la pièce. J'ai ensuite quitté la scène et laissé Juan-Luis répéter tout seul.
Le commissaire fit ensuite venir le ténor et l'interrogea à son tour.
- Connaissiez-vous le régisseur ?
- Non, pas spécialement, ce n'est que la deuxième fois que je chante dans ce théâtre.
- C'est vous qui avez découvert le cadavre ?
- Oui, quand Raspoutina est sortie, j'ai voulu m'accompagner au piano. C'est en l'ouvrant que j'ai découvert le cadavre.
- Avez-vous remarqué quelque chose de spécial ?
- J'ai croisé Mlle Wang à la cafétéria après qu'elle a terminé sa répétition, elle était très pâle et toute essoufflée.

Après avoir interrogé séparément chacun des suspects, le commissaire les rassembla dans la grande salle. Il bourra sa pipe en observant les trois personnes assises en face de lui. Il se gratta un instant l'oreille, puis, remarquant un pansement au bout du doigt de Raspoutina, il s’écria :
- Bon sang, mais c'est bien sûr ! Si les fées sont d'exquises danseuses, elles sont en revanche de bien piètres menteuses. Raspoutina, vous m'avez raconté des calembredaines, je vous arrête pour le meurtre du régisseur.
Raspoutina devint pâle comme un linge.
- eéuqsaméd été ai'j eitsirpaS . S'écria-t-elle toute retournée ? énived suov-zeva tnemmoC.
- Élémentaire, répondit le commissaire, votre pansement au doigt. J'ai remarqué que le métronome sur le piano était aussi taché de sang, comme si une personne non habituée avait voulu le manipuler. Je vous accuse d'avoir d'avoir réglé ce métronome sur une cadence beaucoup plus rapide que celle indiquée par Chopin. Par ailleurs, je me suis aperçu que les partitions étaient de véritables palimpsestes, en grattant le blanco je me suis aperçu que des blanches avaient été maquillées en noires et certaines noires en croches, voire en double croches, toujours dans le but de raccourcir la répétition de Mlle Wang.
Ainsi Mlle Wang a joué les vingt-quatre préludes en sans doute moins d'un quart d'heure au lieu des 40 minutes habituelles. Très peu de pianistes sont capables de cet exploit, mais vous saviez que Iouja le pouvait. Cela rendait votre alibi inattaquable, cela explique également son essoufflement.
Vous êtes donc venue dans la salle vers 14 h 15 et non 14 h 40. Quand Mlle Wang est partie, vous avez assassiné le régisseur et mis son corps dans le piano. Mais pourquoi l'avoir tué Raspoutina ?
Rapoutina renifla :
- Je ne vous ai pas dit la vérité tout à l'heure, cet homme était un monstre. Comme je ne voulais pas céder à ses avances, il voulait me faire remplacer. Il faisait courir le bruit que ma danse de fée clochette ressemblait à un vol d’archéoptéryx.

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Wikipédia: Archéoptéryx

John Duff, avril 2022

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L’Agenda Ironique de mars est hébergé par Brigetoun pour son blog paumée.
Le thème est : l'attente. Il faudra utiliser les mots frémissement, zéphyr, frimas, velours, fendre, torrent, seuil et sarriette.



Les propriétés antiseptiques de la sarriette

Bon, je dois me résoudre à vous avouer quelque chose, j'ai triché dans ma participation à l'Agenda Ironique de ce mois-ci. Je sais bien, ce n'est pas glorieux. Mais, avant que vous ne me jetiez la pierre, je voudrais vous expliquer les raisons qui m'ont amené à commettre cette infamie. Peut-être me pardonnerez-vous.

Toute ma vie, j'ai attendu.
Avant même de naître, j'attendais. Dans le ventre de ma mère, j'entendais les bruits assourdis venant du dehors et j'avais hâte de sortir pour découvrir le monde.
Bébé, j’attendais de savoir marcher pour aller chercher les bibelots sur l'étagère, j'attendais qu'on ait changé ma couche pour satisfaire mes besoins naturels.
Plus tard, j'ai eu hâte de grandir pour voir les choses de dessus. Je voulais faire partie du monde des « grandes personnes ". Le seul meuble qui ne me faisait pas languir d'être grand était la table car j'avais remarqué qu'il se passait parfois en dessous des choses beaucoup plus intéressantes qu'au-dessus. Des frôlements de pieds, des genoux, des frémissements de cuisses qui se termineraient, peut-être, plus tard, ailleurs...
À l'école, j'attendais la fin des cours, j'attendais les week-ends, j'attendais Noël, j'attendais les vacances.
J'ai enfin commencé à grandir, je suis entré dans ma période geek. L'addiction aux jeux sur Internet est organisée d'une manière tout à fait subtile, les possibilités de jouer sont toujours limitées dans le temps, elles sont dépendantes de points ou de vies qui arrivent au compte-goutte et qui forcent à se reconnecter à tous moments dans la journée. Comme tous les joueurs, après avoir utilisé toutes mes vies, j'en attendais de nouvelles. Je mettais mon réveil au milieu de la nuit pour être le premier à utiliser une lettre qui me donnerait un mot décisif dans un jeu de scrabble en ligne ou des points de bonus qui allaient me permettre d'aller porter une attaque victorieuse dans un jeu de baston.
Plus tard, j'ai attendu la femme de ma vie. Mais, plus on est pressé, moins les choses viennent vites. Ma future m'attendait également et sans un heureux concours de circonstances, nous ne nous serions jamais rencontrés. C'est une grève des transports en commun qui nous a réuni sur un même quai bondé. Puis, quand la rame est enfin arrivée, c'est la foule compacte qui nous a emporté, rapproché puis tassés l'un contre l'autre. Nous ne nous sommes jamais séparés.
En parallèle, j'ai fait des études en procrastination. Pour mon doctorat, j'ai soutenu avec succès la thèse :
« Il n'est aucun problème que l'on ne puisse résoudre en ne faisant rien ».

Et puis un jour, j'en ai eu marre d'attendre. Je me suis dit : Lorsque l'archange Michel pèsera mon âme, il est certain que c'est mon attente qui sera la plus lourde. Mais de quel côté de la balance va-t-il la mettre ?

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Wikipédia: Maître de Soriguerola - la pesée des âmes - XIVe siècle

L'attente n'est pas une mauvaise chose en soi, il vaut mieux attendre plutôt que de faire une mauvaise action, il faut tourner sept fais sa langue dans sa bouche pour éviter de dire une bêtise. Mais d'un autre côté, toute cette inaction vient en déduction de bonnes actions que j'aurais pu faire, mais que je n'ai pas faites. Il est probable que mon inaction ne me soit pas comptée en ma faveur.

Dans le doute, j'ai décidé d'arrêter de procrastiner et j'ai essayé de rattraper le temps perdu. Je me suis lancé dans toutes sortes d'activités. Je fais maintenant toujours plusieurs choses en même temps. Je m'entraine à la jonglerie en rangeant la vaisselle. J'ai repris le footing et je révise mes leçons d'anglais en courant. Je fais ma liste des courses pendant le sermon de la messe dominicale.

Donc, tout ce préambule pour vous expliquer qu'il y a quelques jours, lorsque j'ai décidé de participer à l'agenda ironique, j'ai eu un problème. Je me suis assis devant mon ordinateur et j'ai commencé à réfléchir, aucune idée n'est venue. J'avais beau tourner le défi de l'AI dans tous les sens, rien, pas même un petit mot à placer. Au bout de trois heures, ce n'était plus tenable. Je ne pouvais pas rester à attendre, cela aurait été une faute morale qui pouvait me coûter le paradis.
J'ai donc été contraint d'aller sur Google et j'ai tapé dans la barre de recherche les différents mots du défi : frémissement, zéphyr, frimas, velours, fendre, torrent, seuil et sarriette.
Vous trouverez ci-dessous la page qui m'a été régurgitée en première position, elle constitue ma honte et ma participation à l'agenda ironique de mars :

Titre:  Propriétés digestives, stimulantes, antiseptiques, et vermifuges de la sarriette (Satureja montana L.) et de la plante de velours (Gynura frimas).
Auteur(s):  Wuya Jang, pianiste à l'Université de Beijing.
Arnoldo Salieri, professeur à l'Université Lilloise de Procastination
Mots-clés:  Satureja montana L.
Gynura frimas
Caryologie
Héxadécanoïque
Tétraploïdie
Cytotoxicité
Date de publication:  11 mars 2022
Résumé:  La méthodologie d’échantillonnage a consisté à fendre les plantes dans la longueur puis de les écraser au pilon afin d'en extraire les huiles essentielles.
Cette étude histologique de la sarriette (Satureja montana L.) et de la plante de velours (Gynura frimas) a mis en évidence une importante diversité dans la forme et le nombre des différents tissus au niveau des racines, des tiges et des feuilles. Le dénombrement chromosomique a révélé la présence d’une tétraploïdie pour les deux espèces; Satureja montana L. à 2n= 4x= 20+ 2B et Gynura frimas à 2n= 4x= 40. L'analyse des huiles essentielles de deux espèces par GC et GC/MS a permis d'identifier 75 composés avec une variabilité interspécifique importante, dont l’abondance de l’acide gras, l’acide héxadécanoïque (18,40%) dans l’HE de Satureja montana L. et L’alcool, Pentanol[3methyl] (25.70%) dans l’HE de Gynura frimas. L’activité antibactérienne des deux HE est modérée sur les souches ATCC testés. Le seuil de l’effet cytotoxique des deux huiles essentielles est faible avec un IC50 de 251μg/ml pour Satureja montana L. et de 265μg/ml pour Gynura frimas à la concentration 0,04%.
Par ailleurs, l'étude histologique a été complété par une étude clinique d'administration de ces huiles essentielles en double aveugle.
La plante de velours permis d'identifier des effets stimulants, antiseptiques et diarrhéiques de type « torrent ».
L'administration de la sarriette dans l'accompagnement des grillades cuites au barbecue a montré un rehaussement du goût, particulièrement par temps ensoleillé et léger zéphyr.

Dans l'attente de votre verdict...

John Duff, mars 2022

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L’Agenda Ironique de février est hébergé par Joséphine Lanesem.
Le thème est : Le diable au corps. Il faudra faire s'exprimer une partie du corps avec son propriétaire. Il pourra exprimer la gratitude, des reproches, un secret ou de la nostalgie. Le choix de la partie du corps qui s'exprime est totalement libre. Une touche d'érotisme est autorisée.



Les dunes de l'île de Sein

Le facteur Hématie adorait la nature. C'est pour cette raison qu'il avait choisi de s'établir dans le Bas-Rhin, pour y admirer les chutes dont tout le monde s'accorde à dire qu'elles sont superbes. Hématie était amoureux aussi, mais il ne savait pas comment procéder pour conquérir l'objet de son désir. Toutes ses tentatives d'approche étaient restées vaines, les filles ont un comportement tellement étrange !
Aussi décida-t-il de demander conseil à ses clients qui étaient pour la plupart des amis.
Sa première cliente était Marguerite, la fleuriste de la ville de Foix. Après lui avoir distribué son colis, il entreprit de lui raconter ses problèmes de cœur.

- J'ai ce qu'il te faut, Hématie, il faut que tu lui offres des fleurs, tu verras, l'effet est garanti. Il me reste six roses rouges, toutes les filles savent que c'est le symbole de l'amour. Prends-les.

Hématie acheta les fleurs, mis les six roses de Foix dans sa besace et continua sa tournée.

Il devait ensuite distribuer une lettre recommandée à M. Dugland, le patron du sex-shop. Sa boutique était tout en longueur, chaude et sombre. L'atmosphère était moite, on avait l'impression que d'anciennes inondations planaient dans l'atmosphère. Il faillit d'ailleurs tomber tellement le sol était glissant.
En signant son recommandé ils discutèrent du meilleur moyen de séduire les filles.

- Ne te prend pas la tête, lui dit le gérant. Toutes les filles sont pareilles, pour dix euros, je te les offre toutes et je te les garantis sans prises de tête. Entre dans cette cabine, mets deux euros dans le monnayeur et tu m'en diras des nouvelles.

Hématie entra dans la cabine et mit ce qu'il fallait dans la fente. Il ressortit de la cabine une demi-heure plus tard, il se sentait ramolli, comme dégonflé, mais pas vraiment satisfait.

Son client suivant se trouvait plus loin dans le Nord. Pour s'y rendre, il devait emprunter une sorte de boyau très long qui tournait et retournait dans tous les sens, impossible de doubler. La plupart du temps, il était encombré, surtout à certaines heures.
Il ne put s'empêcher d'interpeller l'étron (il faut bien l'appeler ainsi) qui bloquait le passage devant lui :

- Il est con s'type Hé !

Ce à quoi l'étron lui répondit fort grossièrement :

- Je t'emmerde !

Arrivé au bout du boyau, il avait l'estomac dans les talons. Il décida d'aller casse-croûter sur l'île de Sein toute proche. Il adorait cette île pour plusieurs raisons. Tout d'abord pour sa beauté, elle était constituée de deux dunes symétriques d'une forme parfaite. Un sable jaune pâle tiède, très fin, moelleux même.
La seconde raison est que cette île abritait l'élue de son cœur. Une petite chinoise qui tenait un piano-frites, « Chez Yuja ». Hématie venait autant pour Yuja que pour les frites.
Après avoir mangé en écoutant Yuja lui jouer quelques notes, il se décida à se lancer :

- Yuja, je voudrais te dire... (silence)... je suis amoureux... de tes dunes.

Yuja éclata de rire.

- Tu es un vrai malade, on ne tombe pas amoureux d'une dune. Vas te faire soigner, il y a un psychiatre à La Teste.

C'était justement son point de distribution suivant. Il prit la Carotide-Express, en constatant piteusement qu'il n'avait même pas pensé à lui donner ses fleurs.
Les chemins de La Teste sont plus étroits que partout ailleurs, des passages à peine praticables encombrés d'un réseau électrique défaillant qui produisait de manière aléatoire des étincelles, des arcs électriques et parfois des feux d'artifices.
Il n'avait pas de courrier pour le psychiatre, mais il devait livrer du matériel électoral aux deux principaux partis politiques de la région. Les Reptiliens et le mouvement du Néocortex.
Les Reptiliens prônaient la sécurité individuelle par-dessus de tout. Ils étaient très individualistes et pensaient qu'on ne réussit que par la force. Pour se protéger, ils souhaitaient développer toujours plus la police et de l'armée.
Ils donnèrent à Hématie ce conseil :

- Si tu veux qu'elle t'aime, il faut qu'elle t'admire. Sois fort, sois viril, écrase tes concurrents. Elle viendra toute seule à toi.

Le mouvement du Néocortex avait d'autres valeurs. Historiquement, c'était l'entraide, la coopération et le partage, mais dans ces dernières années, le mouvement avait sombré dans le wokisme. Apprenant que Yuja était chinoise, ils lui dirent :

- Ne prononce jamais le mot « jaune » devant elle. Elle pourrait prendre ça pour une agression coloniale et se sentir stigmatisée. Si tu veux la féliciter sur son teint, dis-lui plutôt, « tu n'es ni rouge, ni bleue », ou, mieux encore, « tu es non-violette ».

Entre ces avis contradictoires, impossible de savoir qui avait raison. Hématie repartit tellement troublé de La Teste qu'il prit la Carotide à contre-sens et faillit heurter un convoi de leucocytes de plein fouet, heureusement que ses plaquettes de frein étaient en parfait état.

Hématie s'achemina tristement vers le dernier client de sa tournée. C'était Aymé, il tenait la boucherie " Au cœur tendre ", derrière la côte, juste en face de l'île de Sein. Il lui amenait un carnet de timbre « Saint-Valentin » qu'il lui avait commandé la veille. Il lui raconta ses malheurs et la situation inextricable dans laquelle il se trouvait.
Aymé lui donna ce conseil :

- Tout d'abord, les fleurs s'offrent toujours par nombre impair, tu n'en as que six, je vais te donner une " fleur d'Aubrac " pour compléter ton bouquet.
- Tu es sûr ? Demanda Hématie un peu hésitant.
- Tout à fait. Maintenant, il faut que tu y retournes pour offrir tes fleurs. Laisse parler ton cœur, ne réfléchis pas à ce qu'il faudrait que tu dises ou à quel personnage tu veux jouer, sois toi-même. C'est le cœur qui commande tout. Dis-lui ce que ton cœur te dicte de dire, tout ira bien.

Hématie partit pour l'île de Sein. Que ce passa-t-il ensuite ? Rassurez-vous, tout fini bien, c'est la Saint-Valentin. Yuja accepta les fleurs d'Hématie, celui-ci emménagea quelque temps plus tard sur l'île où il put chaque jour gravir les dunes qu'il aimait tant. Le soir, il aidait Yuja à faire des frites et quand les clients étaient partis, ils jouaient du piano à quatre mains toute la nuit.

4mains
Cliquez si vous voulez voir la partie de piano à quatre mains

John Duff, le 14 février 2022

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L’Agenda Ironique de janvier est hébergé par Lyssamara.
Il devra commencer par cet extrait tirée du journal intime de Madame Bovary :
" Tandis que les autres demeuraient silencieux, il se mit à aller et venir, fouillant dans tous les tiroirs "
et contenir la phrase suivante :
" Je m'attache très facilement "
Il devra comporter un désir de nouveauté salvatrice et une part de rêve.
Il faudra également utiliser les mots suivants : étendre, galet, sicaire, céphéide, ange, se revancher et revif.



La Troisième Guerre mondiale

Tandis que les autres demeuraient silencieux, il se mit à aller et venir, fouillant dans tous les tiroirs.
Où ai-je bien pu laisser la clé de la mallette, se dit le Président. Il finit par la retrouver dans la doublure de sa veste. Il la ressortit un peu gêné par cette contingence matérielle à un moment aussi dramatique.
Il ouvrit la mallette et en sortit un épais dossier qu'il posa sur la table. Des mois de recherches et d'analyse, des mois d'espionnage cybernétique et satellite pour étayer cette question. Fallait-il déclencher une guerre contre le royaume de la Céphéide ?
C'était l'objet du Conseil des ministres.

La Céphéide était un petit état d'Asie. Son roitillon l'avait renommé dans un éclair de mégalomanie : royaume de la Céphéide pour indiquer que son royaume était une étoile qui brillait sur le monde. Depuis, il provoquait tous les pays occidentaux et ne respectait aucune règle ni traité. Récemment, on s'était aperçu qu'il traitait avec des mafias internationales pour acquérir l'arme nucléaire.

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Cliquez sur la Kalachnikov si vous voulez déclarer la guerre à la Céphéide

Après huit heures de tractation, les ministres n'étaient toujours pas parvenus à un accord. Difficile de savoir si les bénéfices de la guerre, c'est-à-dire la neutralisation d'un fou dangereux seraient supérieurs au coût en morts, en destructions et à la misère que la guerre engendrerait. Le Président décida de suspendre le conseil et reporta la décision finale au conseil de la semaine suivante. Lorsqu'il ne resta plus que le Président et le Premier ministre dans la salle, le Président lui dit :
- Monsieur le Premier ministre, ma conviction est faite. Je ne vais pas vous la dire, mais les yeux dans les yeux, si vous étiez à ma place, est-ce que vous appuieriez sur le bouton ?
Le premier ministre sourit mais ne répondit rien. Non pas parce qu'il n'avait pas d'opinion, mais parce qu'il ne savait pas quelle réponse attendait le Président. En politique, la franchise paye rarement.
Voyant son hésitation, le Président rajouta :
- Dites-moi ça au prochain conseil.

En traversant la cour du palais, le Premier ministre réfléchissait. Ce n'était sûrement qu'une boutade mais il était possible que le Président hésite encore. De sa réponse dépendait peut-être la vie de milliers de personnes. De sa réponse dépendait le futur de la planète. Et ce changement serait irréversible.
Pour les décisions importantes, il consultait toujours le ministre en charge du dossier, en l’occurrence le ministre des Armées. Il décida de lui poser cette question de la même manière informelle.
- Monsieur le ministre des Armées, ma conviction est faite et je ne vais pas vous la dire. Mais, les yeux dans les yeux, si vous étiez le Président, est-ce que vous appuieriez sur le bouton ?
Le ministre des Armées sourit mais ne répondit rien, il n'en avait pas la moindre idée. Il n'avait d'ailleurs jamais eu d'idées. Il avait une compétence, il était psychopathe. Il avait le talent rare de diviser les gens, de les monter les uns contre les autres puis de les écraser, un vrai sicaire. Il était parvenu, avec ce talent singulier, à parvenir aux plus hautes fonctions de l'État. Mais il ne connaissait aucun de ses dossiers. Il avait des conseillers qui les préparaient et lui se contentait de les parapher. L'avantage de ce système était évident. Si une décision s'avérait mauvaise, il suffisait de faire sauter le conseiller.

Il appela Marchin, son souffre-douleur préféré, directement de sa voiture.
- Marchin, vous avez été associé au montage du dossier sur la guerre de la Céphéide. Dites-moi Marchin, si vous étiez à la place du Président, vous la déclencheriez cette guerre ?
Marchin n'en menait pas large, il savait que derrière le sourire bonhomme du Ministre, c'est sa tête qu'il jouait.
- Mais, Monsieur le ministre, je n'ai pas tous les éléments du dossier.
- Dans cinq jours Marchin.
Il est vrai que Marchin n'avait pas tous les éléments. Il connaissait bien tout ce qui concernait l'armée, mais il n'avait pas toutes les informations révélées par l'espionnage, ni les données psychologiques du roi-tyran. On le disait fou et capable de riposter avec une force nucléaire qu'il n'était pas supposé posséder. Ce choix était vraiment le plus difficile auquel il avait été confronté, même si sa réponse se résumait à trois lettres, OUI ou NON.

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Lorsqu'il eut cet appel, Marchin était avec sa maîtresse, miss Wang, une Chinoise qui lui faisait oublier les avanies de son chef en lui jouant du piano. Elle lui donnait du revif avec Gershwin. Il se revanchait en écoutant Tchaïkovski.
Je m'attache facilement, pensait Marchin, je pars pour une relation physique et cela débouche sur un attachement plus profond. Il aurait voulu le regretter mais dans le fond, ne le regrettait pas.
Ils avaient fait l'amour et maintenant ils revenaient doucement à la vie dans le sauna. C'était l'heure des confidences sur l'oreiller. Il remit de l'eau sur les galets brûlants :
-Tu sais miss, demain le Président va décider si nous allons entrer en guerre. Sans t'étendre sur les raisons de ton choix, penses-tu que ce serait une bonne idée ?
Miss Yang ne répondit pas. Comment aurait-elle pu avoir un avis sur un sujet aussi complexe qui mobilisait toutes les élites de l'État depuis des mois ?
- Je ne sais pas répondit-elle. Je vais y réfléchir, on se voit demain ?
- Bien entendu, mon ange
- je te dis ça demain.

Ils se voyaient généralement pendant la journée car miss Yang s'occupait de son jeune frère, Tchang. Celui-ci était un peu simplet, il habitait chez miss Yang et travaillait dans un établissement spécialisé.
Le vendredi vers 9 h, alors que Tchang allait prendre le car de ramassage qui l'emmenait au travail, elle repensa soudain à sa question de la veille. Fallait-il déclencher les hostilités ? Elle n'en avait toujours pas la moindre idée. Elle s'en remit au hasard. En embrassant Tchang, elle lui prit la tête entre ses mains et le regardant dans les yeux lui posa la question :
- Tchang, faut-il faire la paix ou la guerre ?
Tchang n'avait pas d'idées précises sur les notions de guerre et de paix. En se fondant sur les expressions du visage de sa sœur, il devina que la guerre était l'équivalent de « être en colère » et la paix signifiait « faire un câlin ». Comme il n'aimait pas aller travailler, il arracha sa tête de ses mains et répondit d'un ton rageur :
- La guerre.
...
- C'est une bonne idée, dit miss Yang.
...
- OUI, dit Marchin
...
- Il faut faire la guerre, dit le conseiller psychopathe.
...
- La guerre est la seule option possible dit le ministre des armée.
...
- Je pense que c'est la moins mauvaise solution, dit le Premier ministre.
...
- Qu'il en soit ainsi, dit le président.

Et c'est ainsi que fut déclenché un conflit qui déboucha quelques semaines plus tard sur la Troisième Guerre mondiale.

Bien que cette fin soit assez réaliste, je reconnais qu'elle ne sied pas forcement à cette période de joie et de bonheur. C'est pourquoi je propose, pour ceux qui le souhaitent, une fin alternative plus suceptible de les faire rêver.

- Vous êtes un con répondit le Président, je ne serai pas le fou qui aura déclenché la Troisième Guerre mondiale.

John Duff, janvier 2022

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L’Agenda Ironique de décembre est hébergé par Patrick Blanchon.
Il devra mettre en avant la question : Le Père Noël existe-t-il vraiment ? Il devra utiliser les mots : tintinnabuler, orange, étincelle, écarquiller, introït, jeûne, moyeu, rayon, centre, Saint (ou une homophonie), étoile, conifère ainsi que le nom du premier renne du père Noël.



Conte de Noël

Il était une fois...
Comme dans un conte d'Andersen, la neige avait recouvert le village de son blanc manteau.
Jayu et sa maman habitaient une masure au bout de la rue principale du village. Elles étaient deux immigrés Ouïghoures qui s'étaient sauvées du Xinjiang pour échapper aux persécutions du pouvoir chinois.

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Cliquez sur le drapeau pour connaître mon pays

Jayu était triste. Jayu était toujours triste, car son père lui manquait. Il était prisonnier dans un camp de rééducation à l'autre bout du monde. Mais aujourd'hui, elle était encore plus triste que d'habitude, parce que ce soir, c'était Noël. Elle savait que le père Noël ne passerait pas, il ne passait jamais.
Les autres enfants avaient à manger tous les jours, ils avaient une maison chauffée, toute leur famille, et en plus, ils avaient des cadeaux à Noël. Elle qui n'avait rien de l'indispensable ni même du nécessaire, elle n'avait même pas un petit cadeau en compensation. Elle trouvait cela injuste, mais qu'y faire ? Elle s'était habituée. Elle ne luttait pas, elle se mettait de profil pour que le malheur s’accroche le moins possible à elle. Elle essayait de ne voir que les points positifs de la vie.
Comme elle avait ramassé le matin une orange qui était tombé d'un étal au marché, elle pensa :

- Au moins ce soir, je ne vais pas jeûner, une orange, c'est un repas de fête.

Elle éplucha son orange comme lui avait appris son amie Gibulette, sans abîmer la peau et en gardant le filament blanc au milieu pour en faire une mèche. Elle mit un peu d'huile au fond de la pelure et alluma sa bougie.

- Ce soir, j'ai mon sapin de Noël.

Une congère de neige montait jusqu'au milieu de la fenêtre et bouchait le trou d'un carreau cassé.

- Aucune bise ne rentrera par là, se dit-elle. Je n'ai pas besoin de prendre quatre couvertures, deux suffiront amplement.

Elle se mit sous ses deux couvertures et commença à manger le premier quartier de son orange. Elle mangeait lentement et avec application parce que l'orange devait durer jusqu'au retour de sa mère qui était partie récupérer quelques pièces de monnaie à l'entrée de l'église.

Le père Noël était bougon, son travail ne l'intéressait plus autant qu'avant. Plus personne ne croyait en lui. Dès qu'ils savaient parler, les enfants racontaient qu'il n'était qu'une fable pour les bébés, que c'étaient les parents qui achetaient des cadeaux. Lui, il continuait de faire sa tournée avec conscience professionnelle, cela faisait mille ans qu'il la faisait, mais le cœur n'y était plus. Il savait que dès le lendemain matin, les enfants allaient échanger leurs cadeaux ou les revendre sur Internet pour s'acheter des inepties.
Donc il continuait de faire sa tournée avec rigueur, mais il la faisait le plus rapidement possible. Il était tout le temps en train de houspiller son renne de tête qui réglait l'allure des autres :

Plus vite Rudolph, plus vite !

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Cliquez sur Rudolph pour savoir quels drapeaux contiennent des rennes

Cette année, il avait fait sa tournée si rapidement qu'en passant devant l'église, il entendit l'introït qui débutait à peine. Il avait fini sa tournée et il n’était pas encore minuit !
Mais il aperçut soudain un paquet qui restait au fond de son traîneau.

- Qui ai-je bien pu oublier, se dit-il ?

Il reprit le parchemin marqué de son seing avec liste des enfants et de leurs cadeaux.
Lire une liste d'enfants en conduisant un traineau est aussi dangereux que téléphoner en conduisant une voiture. Il ne vit pas une ornière cachée sous la neige et la prit de plein fouet. La roue se bloqua et le moyeu et les rayons cassèrent nets.
Le père Noël et ses clochettes firent un vol plané et s'écrasèrent en tintinnabulant sur la masure de Jayu et de sa maman.

Jayu entendit un gros boum contre la porte et ressortit de son lit pour aller voir. Elle vit un vieux monsieur étendu devant sa porte. Il était plein de neige, de bosses et de coupures, ses habits étaient déchirés.
- Il est encore plus malheureux que moi, se dit-elle.
Elle le fit entrer, comme il avait l'air gelé, elle décida de lui faire du feu. Elle n'avait pas grand-chose à brûler à part un tas de branches mortes du thuya de la haie.
Elle disposa le bois au centre de la cheminée et entreprit de l'allumer, mais le bois était mouillé. Le thuya est un conifère qui brûle très mal, surtout mouillé. Le feu ne partait pas.
Tout le paquet d'allumettes y passa, lorsqu'elle n'en n'eut plus qu'une, elle s'arrêta. Elle n'osait pas la craquer de peur de la rater et de ne pouvoir offrir un peu de chaleur au vieux monsieur blessé. Elle était désespérée, le ciel allait être assez cruel pour lui refuser même une bonne action.

Mais le monsieur lui fit un sourire, il lui prit la boîte, craqua la dernière allumette et la jeta sans regarder dans la cheminée. Tout le bois s'enflamma d'un seul coup dans une gerbe d'étincelles.
Pendant qu'ils se réchauffaient, elle pensa qu'il avait peut-être faim, alors elle lui donna son orange.
Il faisait chaud maintenant, ils étaient bien.
Attend, dit le père Noël, j'ai quelque chose pour toi. Et il alla chercher au fond du traîneau le paquet non distribué.

Les yeux écarquillés, Jayu ouvrit le paquet, c'était un petit piano en bois rose et vert.

Jayu regarda le monsieur, il n'était plus blessé. Ses vêtements n'étaient plus déchirés. Il portait un pantalon, un manteau et un bonnet rouge ourlés de blanc. Les yeux pleins d'étoiles, Jayu reconnu le père Noël.

- Ce piano est magique, lui dit le père Noël, il te rendra tout ce que tu m'as donné ce soir.
Quand tu joueras, tu n'auras plus froid.
Quand tu joueras, tu n'auras plus faim.
Tant que tu joueras, tu auras toujours de l'amour.
Tout ce que tu joueras, ton papa où qu'il soit l'entendra.

John Duff, décembre 2021

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L’Agenda Ironique de novembre est hébergé par Laurence Delis.
L’AI devra commencer par " Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre " et comporter les mots un puits – le passage – se taire.



Le titre de cette histoire se trouve à la fin

Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre est le mois de la fin.
  Quelle ironie ! La joie et le bonheur me glissent dessus sans m'atteindre, je suis un ivrogne. La majeure partie de ma paye passe dans l'alcool, toutes mes économies sont déjà parties dedans. Ma femme m'a quitté il y a bien longtemps et je me détruis. J'en suis conscient et j'en souffre, mais je suis au fond d'un puits. Je n'ai pas assez de volonté pour m'en sortir. C'est pourquoi j'ai décidé que novembre était le mois rêvé pour arrêter ce supplice définitivement.

Je suis sorti, le vent du Nord était là. Pour ceux qui ne le connaissent pas, le vent du Nord est terrible. C'est un vent froid et humide, c'est plutôt une humidité glacée qui vous agresse et s'insinue au travers de toutes vos couches de vêtements, il vous gèle le corps et l'âme.
« Les gens du Nord ont dans les yeux le soleil qu'ils n'ont pas dehors – autre foutaise – c'est l'humidité qui délave tout, yeux et âmes. »

En cheminant je me demandais quel était le moyen le plus rapide, sûr et indolore pour en finir. À l'entrée d'un passage, une affichette scotchée sur la fenêtre d'un immeuble branlant a attiré mon attention. Elle disait :

WU JAYANG

Grand Marabout, médium, astrologue et guérisseuse
Pas de problèmes sans solutions – Efficacité 100 % rapide
Spécialiste du retour rapide de la personne aimée – Amour – Travail - Chance au jeu - Réussite dans le commerce – Protection & désenvoûtement – Santé – Examens & concours - Problèmes d'alcool
Réussite dans tous les domaines.
5ème étage 1ère séance gratuite

Pourquoi pas ? Qu'avais-je à perdre ? « La mort peut attendre » me conseilla l'affiche d'un cinéma de l'autre côté de la rue. Alors, je suis monté au cinquième étage et j'ai frappé. Une petite chinoise m'a ouvert et m'a fait entrer. La lumière était tamisée et une transcription pour piano de la danse macabre meublait l'air.
Elle m'a fait asseoir et m'a posé des questions, je lui ai raconté mes problèmes. Ensuite, elle m'a pris mes mains dans les siennes et m'a sondé d'un regard acéré. Elle s'est aussitôt aperçue que mon âme était possédée par des démons, elle s'est mise à dialoguer avec eux. Elle posait des questions à voix basse et des coups frappés venus de nulle part lui répondaient. Ces coups étaient pour moi incompréhensibles, mais ma médium semblait très bien les interpréter.
Quand nous avons fini, elle était froide et sévère :

« Pour être honnête avec vous, ça va être long. Vous avez trop tardé à venir me voir, votre âme est possédée par plusieurs démons dont certains sont extrêmement coriaces. Si vous ne pouvez vous engager à venir me voir toutes les semaines pendant au moins trois mois, je préfère renoncer.
- Bigre, me dis-je, je n'ai pas prévu de vivre si longtemps. »
J'hésitais également pour une autre raison, si cette première séance était gratuite, les suivantes seraient payantes et je n'avais foutre pas de quoi les payer.
Voyant mon hésitation, elle entreprit de me convaincre.
« Faites un test, m'a-t-elle dit. Jouez au loto, je vous prédis qu'avec cette unique séance que nous venons d'avoir, il est quasiment certain que vous allez perdre. Si c'est le cas, revenez me voir
- Pourquoi-pas, je me suis dit. De toute façon, je peux interrompre le traitement à tout moment en me jetant dans la Deule, les noyés ne sont pas solvables. »

Je suis retourné la voir le mercredi suivant avec mon ticket perdant dans la poche. Nous partions sur de bonnes bases, sa première prédiction s'était avérée et j'avais réussi à économiser le prix de cette deuxième séance.
Nous avons continué, cela me faisait du bien. À force d'économiser sur la boisson, j'ai baissé ma consommation puis pratiquement arrêté de boire. Bizarrement cela ne m'a pas trop coûté.

Sept mois s'étaient écoulés et je sentais que j'allais mieux. Je voulais dire à Wu que j'allais arrêter ces séances, mais je reportais cette annonce d'une semaine sur l'autre. Un jour pourtant, j'ai abordé le sujet sur le ton de la conversation. C'est la seule fois où j'ai vu Wu en colère. Elle me cria que j'étais fou, que ce n'était qu'une illusion. L'esprit du mal était toujours bien présent en moi et si j’arrêtais maintenant, tout le travail serait perdu. Il fallait au contraire qu'on se voit plus souvent.

J'ai accepté, car au fond, je ne souhaitais pas arrêter ces séances, elles étaient devenues des îlots de calme. Chaque séance était un phare qui illuminait le reste de ma semaine. Une drogue en avait remplacé une autre, meilleure pour le foie, mais moins bonne pour le portefeuille. J'essayais vaguement de recommencer à parler à mes voisins et aux commerçants de mon quartier. Mais chaque fois que je racontais mon histoire, cela finissait invariablement par :
« Tu es fou, tu te fais escroquer, arrête de voir cette personne ». Alors, comme je ne pouvais pas les faire taire, j'arrêtais de voir le voisin ou le commerçant en question.
J'ai été obligé de faire des heures supplémentaires pour combler l'hémorragie de mes finances, mais je continuais de jouer au loto pour guetter le moment où la chance reviendrait.

Maintenant, nous discutions souvent après les séances, nous nous racontions nos vies. Wu n'avait pas eu de chance. Elle était originaire de Naliangzhen en Chine, pas très loin de la frontière du Vietnam. Pendant la Guerre du Vietnam, un avion américain s'était perdu au-dessus de la Chine à cause d'un orage magnétique et s'était écrasé sur son village. Son père était mort et ses quatre frères et sœurs estropiés et handicapés à vie. Elle m'a avoué qu'elle faisait ce métier pour subvenir à leurs besoins. Je lui ai demandé une photo de sa famille, mais elle n'en avait pas. Elle les avait toutes déchirées, car elle ne supportait plus de voir sa famille réduite à l'état d'épave.
Je ne sais pas comment cela est venu, je lui ai proposé de lui donner un peu d'argent pour l'aider à subvenir à leurs besoins.
Il me fallait financer cette nouvelle dépense, car les séances rapprochées ponctionnaient déjà la majeure partie de mon budget. Comme mon chef partait à la retraite, j'ai postulé son poste. La rage du désespoir m'a permis de l'obtenir.

Je n'envisageais plus d'arrêter les séances. J'avais même plusieurs fois tenté des approches pour dépasser le stade de la relation patient/thérapeute, mais je m'étais à chaque fois fait remettre à ma place.

« Tant que tu n'as pas gagné au Loto, mon travail n'est pas terminé, me disait-elle malicieusement. »

sorciere
Cliquez sur ma sorcière bien-aimée Pixabay

Cela s'est passé deux ans plus tard. J'ai gagné treize millions au Loto et Wu a accepté de se marier avec moi. Je suis le plus heureux des hommes.
Tout était vrai dans l'affichette de Wu : l'alcool, le travail, la chance au jeu, l'amour, tout était vrai !
J'ai terminé ma thérapie. Nous nous sommes mariés en novembre.

« Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre est le plus beau mois du monde.
Le bonheur, n'est-ce pas le plus important ?

Et le titre de mon histoire, me direz-vous. Eh bien elle s'appelle [du médium à l'annulaire], mais vous le dire trop tôt aurait tué le suspens. "

John Duff, novembre 2021

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L’Agenda Ironique d’octobre est hébergé par Carnets paresseux.
L’AI devra raconter un " premier jour " auquel il sera possible de rajouter facultativement une écrevisse. En revanche, il est impératif de rajouter au minimum deux vers empruntés à l’ami Norge, au choix entre :
« la porte était lourde / ça faisait des heures » ou « j’attends de savoir / ce qu’il faut attendre ». Il est possible de rajouter quelques citations, mais en restant dans la limite du raisonnable.



Norge le poète


« Relis-moi Les chaises », demanda Ioula, Arnoldo s’exécuta :

« C’est une chaise qui a créé le monde : au commencement, il n’y avait que des chaises. Elles s’ennuyaient. Faisons-nous un homme, dit une chaise, un homme qui posera son séant sur notre siège, qui s’appuiera contre notre dossier, qui nous changera de place, qui nous polira, nous cirera, nous caressera. Cette chaise-là pensa l’homme si fortement que l’homme fut. Et l’homme, enfant de la chaise, vit de plus en plus assis. » 

Ioula venait de découvrir Norge et elle était émerveillée. Arnoldo la comprenait car il se rappelait la première fois qu’il avait découvert ce poète belge et la forte impression qu’il lui avait fait. Il adorait cet univers féérique à la fois logique et absurde naviguant entre Magritte et Lewis Caroll.

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Cliquez sur le drapeau pour découvrir le pays de Norge

Arnoldo habitait une mansarde au cinquième étage d’un immeuble. Il n’avait pas beaucoup de place, pas suffisamment en tout cas pour ranger sa collection des œuvres complètes de Norge. C’est pourquoi il avait eu l’idée de demander à son amie Ioula de traduire les poèmes en musique. Tout le monde sait que l’on peut mettre beaucoup de chose dans la musique. Quelques notes véhiculent souvent plus de sentiments et d’émotions que de nombreux volumes ne sauraient le faire.
Afin de remettre ces poèmes dans leur contexte, Arnoldo lui raconta quelques épisodes peu connus de la vie du poète.
Ainsi, lorsque les Belges réalisèrent qu’ils possédaient un poète d’une telle valeur, ils l’enfermèrent avec tous les trésors nationaux dans un coffre de la Banque centrale belge. Bien que flatté, Norge avait quand même un peu protesté, il trouvait que les autorités allaient un peu vite. Quand il avait demandé pourquoi il y avait des barreaux aux fenêtres. Le gouverneur de la banque centrale lui avait répondu que c’était pour éviter que les voleurs ne lui volent son or. Une réponse qu’il comprenait, mais qui ne le satisfaisait pas complètement. Pour passer le temps, il écrivait des poèmes sur les billets. C’est d’ailleurs là qu’il écrivit : La bonne fille.

Et chaque nuit, la merveilleuse enfant du geôlier se promenait toute nue dans les cellules et donnait du plaisir à tous les prisonniers. Quel pain d’amour avec le cruchon, la gamelle. Ineffable chaleur, on t’a bien reconnue, va ! Ô poésie, ô fleur de cadenas.

Ioula s’assit à son piano et commença à traduire le poème en langage musical. Elle s’imaginait bien être la visiteuse de prison. Pendant qu’elle composait Arnoldo continuait de lui raconter la vie du poète belge. Son mariage, la guerre, les voyages...
Ioula voulut savoir s’il avait reçu des prix, mais Arnoldo lui expliqua cela n’avait aucune importance :
« Les honneurs, les prix, les statues, les timbres-poste premier jour viennent après, ils couronnent le passé. Les poèmes ne servent pas à cela. Les poèmes sont utiles pour l’avenir, pour se projeter, pour rêver, Norge l’explique un peu dans les écrevisses.

Puisque les écrevisses marchent à reculons, le présent est pour elles toujours un passé qui s’ éloigne avec douceur tandis que l’avenir s’éclôt à tout instant comme une intacte surprise ; Ah ! Quel charme de vie !

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Georges Mogin dit Norge

Quand cette traduction fut finie, ça faisait des heures qu’ils travaillaient, on était au milieu de la nuit. Ils avaient faim, mais une pluie drue frappait les carreaux d’une manière dissuasive. Ni l’un ni l’autre ne souhaitait sortir et affronter la pluie. Ils ne voulaient pas prendre une douche froide qui romprait le charme et la tiédeur de la poésie (tiens, une hypallage tardive).
" On va continuer, dit Ioula, je crois qu'il reste de la carbonnade et du filet américain. "
Arnoldo lui proposa de transcrire Le sang et l’eau.

J’ai bien peur que les parapluies n’attirent la pluie comme les sabres la bataille. L’un veut du sang, l’autre de l’eau. Et ça ne tarde guère. Dans ces pays où les gens sortent avec un parapluie, eh bien, il pleut presque toujours.

La nuit avançait, il pleuvait toujours, mais ils n’avaient plus faim. Ils se couchèrent sur le lit ne sachant qu’attendre, pour partager simplement leur émotion. Une mouche tournait autour de l’ampoule dans une quête improbable de la lumière. Ils la suivaient des yeux.
« J’attends de savoir où elle va se poser, dit Ioula. De ton côté du lit, on sort manger ; si c’est de mon côté, on éteint la lumière ".
Elle se posa sur le bras de Ioula, le cas n’était pas prévu, alors Arnoldo lui récita le Peuple-Roi :

J’ai toujours envié les mouches Qui boivent, mangent, qui se couchent Sans loi, sans heurt et sans façon et savent marcher au plafond.


John Duff, octobre 2021

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L’Agenda Ironique de septembre est hébergé par Jean-Louis
L’AI devra tourner autour de soit « Calme bloc ici-bas chu d’un désastre obscur », soit « Aboli bibelot d’inanité sonore » (c’est comme on veut). De plus, il est demandé que le texte comporte une amphibolie (ou une hypallage si l’amphibolie fait trop peur).



La tisane de météorites


Arnoldo était chasseur de météorite. Avec son assistante, Ioula, ils parcouraient le globe pour attraper ces petits cailloux tombant du ciel. Je dis bien " Chasseur " pas " cueilleur », les deux métiers sont différents. Le cueilleur de météorite cherche et ramasse les météorites tombées sur le sol, le chasseur, lui, les attrape au vol.
La chasse aux météorites est beaucoup plus compliquée et dangereuse qu’il n’y paraît. Elle demande un excellent sens de l’observation et des réflexes fulgurants. Cette chasse ne se pratique que de nuit, car on ne les voit bien que dans l’obscurité. En traversant l’atmosphère, les météorites s’échauffent, deviennent brûlantes et laissent dans le ciel ces traces lumineuses qu’on appelle des étoiles filantes.

Je voudrais d’ailleurs faire ici une mise en garde si des jeunes enfants lisent ces lignes :
N’ESSAYEZ JAMAIS D’ATTRAPER DES MÉTÉORITES À LA MAIN, c’est très dangereux et vous pourriez vous faire très mal.

Pour ne pas se blesser, Arnoldo utilisait un gant de baseball et Ioula un chistera de pelote basque.
Pour être un bon chasseur de météorites, il faut également avoir une bonne oreille. On voit d’abord l’étoile filante, il faut se déplacer très vite vers la zone où elle va tomber. Arrivé sur place, c’est le léger sifflement du caillou volant qui permet de localiser exactement le point d’impact, il suffit d’ouvrir la main. Ioula était pianiste à ses heures perdues, elle avait une oreille musicale et était bien plus forte que moi à ce petit jeu.

Mais pourquoi chasser les météorites me direz-vous ?
Peu de gens le savent réellement. Beaucoup croient que les météorites ne sont que belles, que leur destin est d’être mises dans une vitrine avec d’autres spécimens de granites ou d’amphiboles pour y être admirées. C’est vrai, mais ce n’est pas tout.

amphibole
Amphibole (Wikipédia)

On sait également qu’elles sont étudiées par les scientifiques qui analysent leur composition chimique et en déduisent l’histoire de l’univers. Ce n’est pas faux non plus, mais la vérité est plus extraordinaire.
Le véritable usage des météorites, c’est de faire des tisanes. Des tisanes aux pouvoirs magiques.
Ces petites pierres ont traversé des nuages interstellaires, des champs magnétiques, des naines rouges, des géantes bleues, elles ont traversé des froids intenses et des chaleurs extrêmes, elles se sont chargées de magie. Le moyen de récupérer ces pouvoirs magiques est simplissime. Il suffit de concasser les météorites en une poudre la plus fine possible et de la faire infuser dans de l’eau bouillante, comme du thé. Le buveur de cette tisane obtiendra souvent un pouvoir ou une faculté magique. Cela peut être la guérison de maladies, l’apprentissage d’une langue étrangère, donner la main verte, cela peut provoquer des transformations physiques, que sais-je, le champ des possibilités est infini.
Le problème est qu’on ne sait jamais à l’avance quelle propriété aura une tisane, car on ne sait jamais exactement d’où vient une météorite, quels trous noirs stellaires elle a fréquenté, quelles irradiations elle a subie et quels pouvoirs en ont résulté.

Arnoldo et Ioula revendaient leurs pierres à Gibulette, une amie litho-thérapeute de son état. Elle préparait les tisanes, les conditionnait et les vendait dans sa boutique pour soulager les gens de toutes sortes de maux. Mais son premier travail était avant tout de tester chaque tisane pour en découvrir les effets. Arnoldo et Ioula étaient toujours ses cobayes volontaires. Pour eux, cela faisait partie du job.

Or donc, par une belle nuit d’août, Arnoldo et Ioula étaient en chasse lorsque deux trainées verte et rouge traversèrent le ciel au-dessus de la région qu’ils prospectaient :
« Deux qui viennent à l’est-sud-est, je crie,
- je les entends, répond Ioula, je prends la rouge. » 
Une fraction de seconde plus tard, je regardais dans mont gant. J’avais un beau petit caillou aux reflets de malachite, Ioula une chondrite aimantée aux veinures rubis.
Au matin, nous sommes allés chez Gibulette pour lui montrer notre récolte de la nuit. Elle nous vit passer par la fenêtre et nous accueillit très aimablement comme à son habitude.
«  Beaux cailloux, dit-elle en voyant les spécimens, asseyez-vous, je vais faire deux tisanes pour bien séparer les effets de chaque pierre. »
Après avoir bu sa tisane, Ioula s’endormit presque instantanément, moi, je me suis transformé en crapaud un quart d’heure plus tard.

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Cliquez pour savoir quel pays a mis un crapaud sur son drapeau

Gibulette était bien gênée.
" Oh, bonne mère, je connais ce sommeil, si on ne fait rien, elle en a pour cent ans. Je vais tenter une inversion de tisane. "
Il faut savoir que l’effet des tisanes de météorites est souvent sexué. C’est-à-dire qu’une même tisane produit des effets différents, parfois inverses, sur un homme et sur une femme.
Sitôt dit, sitôt fait. Gibulette m’attrape et me plonge dans la théière contenant la tisane de rubis puis remet le couvercle. Ensuite, elle introduit le bec de la théière de jus de malachite dans la bouche de Ioula et verse un peu de thé.
Le résultat ne fut pas non plus celui escompté. Moi, je me suis endormi dans la théière, quant à Ioula, elle s’est transformée en grenouille rousse... mais sans se réveiller.
" Boudiou de boudiou ! S’exclama Gibulette, me voila maintenant avec deux batraciens ronflants, cent ans d’insomnie garantis. "
Les bisous de princes ou de princesses pour réveiller les endormis ou redonner une forme humaine, ce sont des contes de fées. Tout le monde sait que cela n’existe pas. Mais Gibulette se souvint alors de ses anciennes études d’astrologie, et d’un bouquin qu’elle avait gardé et qui contenait des incantations très puissantes qui pouvaient peut-être annuler les effets délétères des tisanes de météorites. Après nous avoir placé au milieu d’un pentagone tracé avec le thé, elle lança l’incantation :

Tel qu’en vous-même enfin cette incantation vous change,
Je vous exhorte avec ce glaive nu
Que ce siècle de sommeil soit non avenu,
Qu’il ne triomphe pas dans ce philtre étrange !

Rien ne se produisit, Gibulette continua :

Donner un goût plus pur ou mettre cette tisane au rebu,
Je proclame l’annulation du sortilège bu
Dans le flot sans honneur de ce noir mélange.

À ce point de l’incantation, Arnold et Ioula commencèrent à bouger.

Calmes blocs ici-bas chus d’un désastre obscur
Que ces granits du ciel cachent à jamais leurs cornes
Et reportent leurs pouvoirs dans le futur.

À ce point de l’incantation, Arnoldo et Ioula se réveillèrent et reprirent leur forme humaine.

" Fais-nous un bon café, j’ai dit à Gibulette, je me sens un peu vaseux. "

John Duff, septembre 2021

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L’Agenda Ironique d’août est hébergé par Max-Louis
Le thème du mois est le mot : fable.
La contrainte stylistique est de placer la citation  : Une lettre se détache de notre nom et nous ne sommes déjà plus.



La rose et la rosse


Une lettre se détache de notre nom et nous ne sommes déjà plus.
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un poisson russe et une rosse pleine de bosses,
Chose cocasse, avaient des frissons d’amour.
Voulant l’embrasser, la sole baissa sa chausse,
Mais, même sur un coussin, elle n’arrivait pas à sa cuisse.
" Il faudrait que tu te baisses sur la mousse, car je suis trop basse. "
La rosse en lissant son poil lui répondit :
" Je ne vais pas attendre que tu croisses,
Je me casse. "

En attendant que le ragoût de frison du Caucase cuise,
Le cousin de Mickey Mouse écoutait Yuja Wang sur des enceintes Bose
La viande rose est un poison, pensait-il.
Mais, distrait par la musique, il ne vit pas le temps passer.
La chose dans la cocotte s’embrase emplissant de fumée toute la case
Le ragoût était foutu.
" L’adoration, c’est la base de l’asservissement,
C’est la dernière fois que cette pianiste me baise.
Si jamais je la croise, je lui ferai payer sa ruse. "

Edmond Jabès

Analyse de texte

Monsieur Jabès a réécrit sa première fable en supprimant les S en doublons. En lisant ces histoires, nous voyons que la deuxième n’a aucun rapport avec la première. Monsieur Jabès a donc parfaitement réussi sa démonstration.
Nous constatons également que si les histoires sont différentes, leur tonalité générale est ac identique. Il s’agit d’histoires un peu tristes, un peu vulgaires et finissant mal. C regrettable, car je préfère les histoires qui finissent bien.
On peut donc conclure que la transformation d’histoire par détachement du S est homothétique pour la tonalité de l’histoire.
Peut-être aurait-il du faire une transformation apophatique en retirant les Q au lieu des S. Cela n’aurait nui en rien à la démonstration, mais il aurait rendu sa fable un peu moins vulgaire.
De la même manière, si au lieu de retirer les S, il avait rajouté des M, cela aurait rajouté de l’amour, donc du bonheur et la fin de son histoire aurait sans doute été plus heureuse.
Pour terminer, il faut dire que si le procédé de retranchement d’une lettre est intéressant, il doit être strictement limité. En effet, l’usage abusif du retranchement de lettres aboutirait à la suppression pure et simple de l’histoire.

01/20 Copie valorisée au poids du papier (poubelle jaune)

John Duff, août 2021

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L’Agenda Ironique de juillet est hébergé par Victor Hugotte.
Le thème de l’agenda est la description de l’étape de la vie d’une personne ou un moment particulier en utilisant force onomatopées, répétitions, accumulations, voire quelques borborygmes.



Le covid de l’espoir


Quand l’épidémie de grippe asiatique a commencé à l’autre bout du monde, il n’y avait vraiment pas de quoi s’inquiéter. Ces gens étaient tellement loin, c’était plus des statistiques qu’un problème sanitaire. La distance anesthésie un peu notre humanité.
Quand l’épidémie est arrivée en Europe, pas de quoi s’inquiéter non plus. Elle est arrivée dans un pays du sud de l’Europe où l’incurie et la désorganisation étaient notoires. Il semblait naturel à tout le monde qu’ils n’arrivent pas à maîtriser la situation.
Quand l’épidémie a fait un premier mort chez nous, le gouvernement a aussitôt réagi. Il a jeté les stocks de masques en nous expliquant que, de toute façon, ils ne servaient à rien. Il a également fermé tous les parcs pour éviter qu’ils ne soient contaminés.
Mais, malgré ces mesures énergiques, l’épidémie de grippe asiatique a continué de progresser.

Et puis, ouf, des vaccins ont été créés et les vaccinations ont commencé.
Charité bien ordonnée commence par soi-même. Chaque pays a essayé de se procurer des doses pour se protéger et a fermé ses frontières pour laisser le virus dehors. Comme il n’y avait pas assez de vaccin pour tout le monde, les pays riches se sont vaccinés et les pays pauvres ont lutté de manière active contre la surpopulation planétaire.
Chacun sa merde...

Aïe, aïe, aïe !
Cela n’a pas du tout marché. Cette politique qui avait pourtant fait ses preuves pendant des siècles a montré ses limites. En laissant le covid proliférer dans les pays du tiers-monde, des variants de plus en plus violents sont apparus. Au lieu de mourir en silence, ces pays nous ont refilé des bébés insensibles à nos vaccins. Diantre, ce n’était pas honnête.

Pourtant, quand le variant Δ est arrivé, rien n’était perdu. Si tous les états avaient coopéré pour vacciner toutes les populations. Banco ! On éradiquait le truc.
Au lieu de cela, les laboratoires et les états ont fait preuve de débrouillardise. On a continué à jouer perso.
Et toc, j’te nique ta cargaison de masques sur le tarmac de l’aéroport. Et crac, j’vends mes vaccins au plus offrants. Blam, j’livre un lot de vaccins avariés au tiers-monde.

Les réactions individuelles étaient souvent tout aussi incohérentes ou égoïstes. Ça disait :
" Bof ! Je ne me vaccine pas parce que c’est peut-être dangereux. " La maladie, elle, n’était pas dangereuse, elle n’était que mortelle.
Ou alors : je ne me vaccine pas et je laisse les autre se faire vacciner, comme cela, pas de risques pour moi et je bénéficierai de l’immunité collective. Ni vu ni connu je t’embrouille.
Ce qui n’était pas dit ouvertement, mais exprimé d’une manière plus nuancée :
" Holà ! Cette obligation de vaccination est une grave atteinte à ma liberté. "

Puis le variant Ω est arrivé. Lui était vraiment méchant, il avait perfectionné toutes les perversités que ses prédécesseurs avaient balbutiées. Une période d’incubation de deux mois, quand on l’a identifié, il était déjà présent sur toute la planète. Une aptitude à rester en suspension dans l’air qui lui donnait une contagiosité décuplée et qui rendait inutile toute désinfection. Enfin et surtout, une mortalité qui aurait rendu jaloux les laboratoires d’armes bactériologiques chinois ou russe. Son agressivité le rendait mortel pour tous, même les jeunes.
Ouille, ouille, ouille.

Toutes les entreprises et toutes les organisations nationales se sont effondrées en quelques mois, les hôpitaux en premiers. Toutes les activités humaines se sont arrêtées. Les gens sont morts dans leur coin. Il n’y avait plus de journaux ni de télévision pour en parler, chacun était livré à lui-même.
Une brève période d’anarchie a suivi. À base de pillages, de vols et de meurtres de première nécessité.
" Pan.
- Aaargh.
- Miam, miam. "
Cela n’a pas duré très longtemps. Le calme est revenu. Il n’y avait plus personne.

Pourquoi je suis encore là ? Pfft ! Ma foi, je ne sais pas, mais le fait est que je suis toujours là. Je vis un moment unique que je ne pourrai raconter à personne. Je suis le dernier représentant de la race humaine encore vivant. Il n’y a plus d’électricité, mais j’ai réussi à récupérer un vieux lecteur de CD/DVD à pédales et quelques disques que je vais pouvoir écouter en boucle le temps qu’il me reste.
J’ai mis le premier CD

partition

C’était le concerto de Schuman par Yuja Wang. Quelle force, quelle beauté !

lalalala-la lalala-la lalala-la

J’étais heureux que la parenthèse humaine se termine de si belle façon. D’un autre côté, je ne pouvais m’empêcher de me dire que c’était un peu dommage. Même si l’espèce humaine avait de nombreux mauvais côtés, je trouvais malheureux qu’une espèce capable de produire une si grande beauté disparaisse. Est-ce que nos bonnes actions nous définissent mieux que nos mauvaises actions ?
Je le crois sincèrement. Nos bonnes actions expriment notre volonté, nos mauvaises actions ne sont parfois que le fruit de notre paresse ou de notre lâcheté, elles ne reflètent pas forcément notre idéal.
Mais hélas, ce sont nos mauvaises actions qui tuent. Il ne nous a peut-être pas manqué grand-chose pour réussir à vivre tous ensemble.

POM POM POM POOOM POM

Le disque est fini, j’ai mis le DVD, c’était « La guerre des Mondes »   tiré du roman de H. G. Wells.
J’avais déjà vu ce film plusieurs fois et, comme tout le monde, je m’étais assimilé aux gentils Terriens qui luttaient contre les méchants Martiens. J’ai réalisé que sur cette putain de terre, nous étions les Martiens qui avaient tout dévasté. Le covid était les microbes qui allaient libérer la terre de notre présence égoïste et prédatrice.

Nous avons l’habitude de considérer que l’apparition de la vie sur terre et son évolution vers l’être humain est unique, quasi miraculeuse. Il n’en est rien. L’évolution de la vie est une suite convergente qui s’est produite et qui se reproduira. Les mutations sont innombrables, mais seules celles qui produisent une forme de vie plus forte ou plus performante sont viables. Ces formes de vie plus fortes se développent mieux et finissent par dominer les formes plus frustres. Par ce phénomène la vie apparaît et évolue toujours vers des formes supérieures.
De la même manière, le covid a produit des variants plus forts et plus agressifs qui ont supplanté les formes du début de l’épidémie. Et qui ont au passage également liquidé les humains.
Un autre cycle de vie allait commencer. C’est normal.

Il a fallu 3,5 milliards d’années à la vie pour évoluer de la cyanobactérie vers l’être humain. On peut bien donner quelques centaines de millions d’années au covid pour qu’il évolue vers une forme de vie supérieure.
J’espère que les enfants du covid Ω feront mieux que nous. Qu’ils sauront vivre en harmonie, qu’ils préserveront la planète. Je leur souhaite tout le bonheur du monde.

Soudain, j’ai froid, je me suis mis à grelotter. Je n’ai plus mal à la tête, mais je me sens un peu oppressé.
" Keuf, keuf, keuf.
-…
- Pouic. "

John Duff, juillet 2021

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L’Agenda Ironique de juin est hébergé par iotop.
Le thème de l’agenda est : langue. Il faudra utiliser les mots : insomniaque, chouette, frigoriste et narine.


La victoire de Julia

Je suis la princesse Julia, fille du roi Arnulf le Blanc. Jusqu’ici, mes activités étaient plus portées vers le piano que sur l’art de la guerre, mais demain je vais livrer ma première bataille.
Covidinov le Sombre convoite nos terres, il veut m’épouser pour s’en emparer. Devant mon refus, il a enlevé ma mère et réclame ma main comme rançon. Le roi mon père a décidé de lui faire payer avec son sang.
Nous combattrons demain, Dieu décidera du sort de notre royaume et du mien. J’ai reçu la lourde charge de remplacer ma mère pour la bataille. C’est une grande responsabilité, beaucoup de choses vont reposer sur moi.

1. e4 c5 ;
La bataille commence tout juste et je me sens déjà épuisée. Je ne suis pas insomniaque, mais je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Je repense en boucle aux conseils qui m’ont été prodigués. Je ne dois pas me jeter tête baissée dans la bataille, je serais harcelée par la piétaille et, au bout du compte, nous prendrions du retard dans notre développement.

2. Cf3 d6 ;
[Cf3] Les noirs nous opposent une défense sicilienne. Lahire, le chevalier qui commande notre aile-roi répond en prenant le pont f3. Nous avons eu la consigne, si cela était possible, de jouer la variante Najdorf.

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Cliquer sur Lahire

3. d4 cxd4 ;
[cxd4] Première escarmouche entre fantassins pour la conquête de la butte centrale, notre premier soldat tombe dans le champ d4.

4. Cxd4 Cf6 ;
[Cxd4] Lahire rétablit la situation en embrochant l’agresseur. Je crains que la partie ne soit ouverte et qu’il n’y ait de nombreux morts. Si la Najdorf n’est pas possible, nous devrons peut-être transposer notre attaque dans la variante du gambit de Morra.
[Cf6] Covidinov répond en envoyant un chevalier en f6 pour attaquer notre infanterie. Il veut clairement occuper la butte au centre du champ de bataille pour paralyser nos déplacements.

5. Cc3 g6 ;
[Cc3] C’est au tour d’Hector, notre deuxième chevalier, d’entrer en jeu dans le gué c3.
[g6] Covidinov joue la variante du Dragon, ce n’était pas prévu, je n’aime pas du tout ça.

6. Fe3 Fg7 ;

7. f3 O-O ;
[O-O] Covidinov a roqué. Je m’y attendais, car il avait placé un archer en fianchetto. Quelque part, ce n’est pas forcément une mauvaise chose, on sait maintenant où il va se trouver pendant la bataille et on pourra concentrer nos attaques sur lui.

8. Dd2 Cc6 ;
[Dd2] Je me suis prudemment avancée dans le sous-bois pour mieux protéger notre infanterie et notre cavalerie.
[Cc6] C’était à prévoir, il lance sa cavalerie sur notre aile-dame.

9. Fc4 Cxd4 ;
[Fc4] Notre archer, Foublan, s’est déplacé pour avoir Covidinov directement dans sa ligne de mire.
[Cxd4] Notre chevalier Lahire vient de se faire surprendre par un cavalier noir, mort au champ d’honneur.

10. Fxd4 Fe6 ;
[Fxd4] Dans ce genre de bataille, il faut appliquer la loi du Talion : œil pour œil, dent pour dent, j’ajouterais nez pour nez et même narine pour narine. Foublan épingle le cavalier noir en d4. Nous avons maintenant nos deux archers qui pointent leurs flèches sur Covidinov

11. Fb3 Da5 ;
[Da5] Alerte ! La Grosse Berta vient de bouger. La Grosse Berta, c’est la reine noire. Elle ne se déplace jamais pour rien, notre aile-dame va se trouver sacrément sous pression. Il faut qu’Arnulf se mette à l’abri en faisant le petit roque à dextre [O-O].

12. O-O-O b5 ;
[O-O-O ?] Mon Dieu, papa vient de faire exactement le contraire, il a fait le grand roque à senestre !
Il vient de se placer tout seul sous le feu de la Grosse Berta. Une sueur glacée me coule dans le dos.
[b5] La réponse des noirs est immédiate. Les fantassins noirs soutenus par la Grosse Berta se ruent sur papa.

13. Rb1 b4 ;
[Rb1] Arnulf s’est mis à l’abri derrière sa garde rapprochée, mais nos forces sont dispersées sur tout le champ de bataille, elles vont avoir du mal à le soutenir.
[b4] Nous ne pouvons qu’assister impuissants à l’avancée des fantassins noirs qui se rapprochent rapidement. Ils menacent maintenant également le chevalier Hector.

14. Cd5 Fxd5 ;
[Cd5] Hector a voulu s’abriter en d5.
[Fxd5] Il s’est aussitôt fait transpercer par un archer noir. Le roi Arnulf est aussi dans sa ligne de visée.

15. Fxd5 Tac8 ;
[Fxd5] Foublan a abattu à son tour l’archer noir, mais ce faisant, il s’est dangereusement éloigné de la défense d’Arnulf.
[Tac8] Ils ont installé une tour qui prend en enfilade la route ouverte c qui mène à nos positions. Il n’y a plus qu’un soldat pour défendre notre roi.

borsod_chateau
Cliquer sur la tour blanche

16. Fb3 Tc7 ;
[Fb3] J’ai dit à Foublan de revenir immédiatement défendre nos arrières. La situation ne s’est pas du tout améliorée.
[Tc7] Ils vont essayer d’amener une deuxième tour sur la route c, l’étau se resserre.

17. h4 Db5 ;
[h4 ? ] Que fait ce soldat blanc à l’autre bout du champ de bataille ? Je le connais, c’est Jacquot Lang, c’est un chouette gars. Les gens se moquent gentiment de lui à cause de son cheveu sur la langue. Là, il n’a rien compris, alors que nous sommes submergés par un raz de marée noir, il part tout seul à l’assaut de la forteresse noire. Tant pis pour lui, qu’il se débrouille, nous n’avons pas les moyens de le secourir.
[Db5] Dans la vraie vie, ça va mal, très mal. La grosse Berta s’est installée en face d’Arnulf et rassemble toute l’infanterie devant la garde du roi.

18. h5 Tfc8 ;
[h5] Et Jacquot qui continue tout seul son attaque, c’est dérisoire.
[Tfc8] Ça y est, il a doublé ses deux tours sur la route c. Il y a la Grosse Berta, les deux tours, un archer et l’infanterie noire pointés en même temps sur notre roi. La situation est tellement catastrophique qu’il ne me reste plus qu’à fermer les yeux et prier.

19. hxg6 hxg6 ;
[hxg6] Jacquot a été jusqu’au bout de son idée. Après avoir traversé tout le champ de bataille, il s’est sacrifié en abattant le soldat noir g de la défense de Covidinov.
[hxg6] Il s’est aussitôt fait tuer. Mais son sacrifice n’a peut-être pas été vain. En déviant de sa place un défenseur du roi noir, il a réussi à ouvrir le chemin h.

20. g4 a5 ;
[g4] Jacquot a fait un émule, c’est son cousin germain Frite Lang qui part à son tour à l’assaut du roque noir. Je connais Frite aussi, il est vif, rigoriste, mais le cœur sur la main.
[a5] Toute l’infanterie noire est en place, nos jours sont comptés.

21. g5 Ch5 ;
[g5] Frite est parvenu jusqu’à la garde rapprochée de Covidinov, il attaque un chevalier noir.
[Ch5] Celui-ci esquive l’attaque en h5. Je pense que cette attaque est également vouée à l’échec, je ne vois pas ce que l’on peut faire.

22. TxCh5  gxh5 ;
[TxCh5 ? ] Notre tour a pris le chevalier noir, quelle erreur ! Elle va se faire abattre par un soldat noir et on perd la qualité. On échange une des plus fortes de nos pièces contre un obscur fantassin.
[gXh5] Notre tour brûle.

Et puis... J’ai compris.
J’ai pleuré. Notre tour s’était sacrifiée pour ouvrir le passage à Frite. C’était admirable d’intelligence et d’abnégation.

23. g6 e5 ;
[g6] Grâce au sacrifice de la tour, Frite est parvenu jusqu’à la garde rapprochée de Covidinov.
[e5] Je crois Covidinov s’est laissé surprendre par l’attaque de nos soldats et le sacrifice de la tour. Il a envoyé un fantassin en e5 pour stopper la pression qu’exerçait de loin Founoir sur ses positions.

24. gxf7+ Rf8 ;
[gxf7+] Frite a profité du temps gagné pour faire sauter le soldat noir de la défense de Covidinov. Soutenu à distance par Foublan, il l’a mis en échec.
[Rf8] Covidinov est coincé au bout du terrain. Il ne peut plus qu’espérer le retour de son armée pour lui venir en aide.

25. Fe3 d5 ;
[Fe3] Founoir est venu me voir, il me propose de lancer une attaque par le vallon [c1h6]. Par ce passage, nous pouvons atteindre l’archer noir et derrière lui le roi.
[d5] Covidinov essaye d’anéantir notre attaque en coupant le soutien de Frite par Foublan.

26. exd5 Txf7 ;
[Txf7] La tour noire a pulvérisé Frite et s’est mise en protection de Covidinov. Mais le sacrifice de Frite a inversé le rapport de force, nous avons maintenant une attaque de feu.

27. d6 Tf6 ;

28. Fg5 Db7 ;
[Fg5] Founoir attaque directement la tour noire, mais Covidinov doit faire face à tellement de menaces qu’il ne peut la défendre.
[Db7] Covidinov rappelle la Grosse Berta en défense.

29. Fxf6 Fxf6 ;
[Fxf6] La tour noire est prise sans coup férir par Founoir.
[Fxf6] J’ai parlé trop vite, c’est fini pour Founoir aussi.

30. d7 Td8 ;

31. Dd6+ 1-0
[Dd6+] C’est à moi qu’est revenu l’honneur de porter le coup de grâce, échec au roi ! Covidinov n’a plus de case de fuite, le chemin [a2-g8] est contrôlée par Foublan, il ne peut se sauver par le bois g qui est surveillé par notre tour.
Covidinov abandonne.

echec

Notre reine, ma mère, a été délivrée. Nous avons organisé un grand banquet pour fêter tout cela. Un troubadour a même écrit une chanson en mon honneur : La victoire de Julia.
Mais moi, je sais qu’il n’en est rien. Je sais que mon rôle a été tout à fait mineur dans cette bataille. Je voudrais aujourd’hui rendre hommage aux véritables héros.
À Jacquot qui est parti tout seul à l’abordage de l’armée ennemie et qui a remis tout le monde sur le droit chemin. Il nous a rappelé que même quand tout semble perdu, il faut toujours espérer et continuer de se battre.
À notre tour qui s’est sacrifiée pour Frite, un soldat qui avait un grade dix fois inférieur au sien. Elle lui a ouvert le passage jusqu’au roi noir. Elle nous a rappelé que la valeur du collectif est toujours supérieure à la somme des valeurs individuelles.
À Frite qui s’est sacrifié au cœur de la défense noire pour coincer Covidinov et me permettre mon attaque finale.
À Founoir, à Foublan, à Hector, à Lahire, à tous les soldats tombés dans le combat, mais sans qui la victoire finale n’aurait pas pu être possible.

Merci à eux tous




John Duff juin 2021

Librement inspiré de la partie Fischer vs Larsen au tournoi de Portoroz en 1958, si vous êtes intéressé la vraie partie est ici.

separation

L’Agenda Ironique du mois de mai est hébergé par Palette d’expressions.
Le challenge est d’écrire un texte sur « Un bruit étrange et beau » en utilisant les mots : cyclo-pousse, île et poirier.



Quand j’ai découvert le sujet de l’agenda de mai, pour parler comme les jeun’s, j’étais trop content.
Le thème : Un bruit étrange et beau, trop facile !
Je vais évidemment vous parler de mon artiste préférée, Yuja Wang, la meilleure pianiste du monde !

rafflesia
C’est moi

Mon seul problème est de savoir quel morceau je vais choisir. Moi, j’adore toutes ses interprétations, je les trouve toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Mais quel morceau choisir pour convaincre un non-initié ?
Ce sera mon vrai défi. Le plaisir du passionné est souvent plus fort à faire découvrir sa passion à un profane plutôt que de la partager avec d’autres fanatiques.
J’ai donc commencé à sélectionner quelques morceaux qui me paraissaient en adéquation avec cet objectif : du pétillant, du profond, du virtuose, du violent...

Cliquer sur la Yuja que vous préférez

yuja_beige
Yuja beige (sensible)
yuja_verte
Yuja verte (si vous voulez voir un accord peu académique)
yuja_jaune
Yuja jaune (inspirée)
yuja_rouge
Yuja rouge (ardente)
yuja_rose
Yuja rose (virtuose)

Et soudain, j’ai été pris par un doute.

Un bruit étrange et beau ?

Est-ce que je peux vraiment employer le mot bruit pour parler de la musique de Yuja ? Ce mot a une connotation négative qui ne s’allie pas du tout avec le divin.

Est-ce que je peux utiliser le mot étrange pour parler de la musique de Yuja ? Sa musique n’est pas à proprement parler étrange. Elle est virtuose, exaltée, sensible, sublime - mais pas étrange.

Est-ce que je peux utiliser le mot beau pour parler de la musique de Yuja ? J’aurais pu il y a trente ans, mais ce mot a été complètement dévalué par un glissement sémantique. Ce qui était « beau » il y a trente ans est devenu « génial » il y a vingt ans et carrément " mortel " il y en a dix. Aujourd’hui, il faut dire : djomb, déclassé, archi ou dar.

Je me refuse à dire que Yuja est djomb ou déclassée.

Alors, j’ai analysé ma proposition.
En quantitatif, sur les cinq mots du défi, si je retire bruit, étrange et beau, il m’en reste deux qui peuvent concourir, Un et et, soit un challenge réussi au mieux à 40 %, pas terrible.
En qualitatif, c’est pire. Les deux mots qu’il me reste sont un pronom indéfini et une conjonction de coordination. Ces mots ne portent en aucune façon le sens du challenge de l’agenda.
La mort dans l’âme, j’ai donc dû me séparer de Yuja. J’ai décidé de revoir mes ambitions à la baisse et de me contenter d’un texte qui ne respectait que deux des trois points du défi.

Étrange et beau

Je vais simplement essayer de trouver une personne ou un objet étrange et beau. Cela doit pouvoir se trouver une beauté étrange.
Un bel étranger ? Trop facile.
Pourquoi pas la Rafflesia arnoldii, la plus grande fleur du monde.

rafflesia
Cliquer pour découvrir la Rafflesia arnoldii

Moi, je trouve cette fleur très chouette, mais certains esprits chagrins risquent de me dire qu’elle n’est pas belle. Qu’elle est seulement très grande, voire un peu pataude.
Qui à raison ? Est-ce que je la garde parce qu’elle me plait et tant pis pour les lecteurs grincheux ou est-ce que je fais un deuxième choix qui me satisfera moins, mais qui sera plus consensuel ?
Posé comme cela, j’entends déjà votre réponse claire et nette : " Ne vends pas ton âme, ne fais pas d’entorse à ta création littéraire, ce commercial racoleur est indigne de toi ! "
Mais votre réponse ne me convient pas non plus. Si j’ai envie de faire plaisir aux gens, si j’ai envie qu’ils sourient en me lisant, pourquoi me forcer à utiliser des mots dont je sais qu’ils ne seront pas reçus ?
J’ai donc laissé tomber la Rafflesia arnoldii.

Et si je prenais comme sujet une aurore boréale ?

aurore
Cliquez sur l’image pour savoir quel pays a une aurore boréale dans son drapeau

C’est majestueux, c’est planant. C’est donc à la fois profondément beau et bougrement étrange. Mais j’ai tout de suite vu que ce n’était pas possible non plus.
Pourquoi me direz-vous. Mais à cause des mots obligatoires que Palette d’expressions nous a collé dans les pattes. Une aurore boréale n’a rien à voir, ni avec les cyclo-pousses, ni avec les îles, ni avec les poiriers. C’est (trop) rageant !

J’ai fait un dernier essai avec le dragon du Komodo.

sonde_occi_komo
Cliquer sur dragon du Komodo pour aller le visite chez lui

Ça aurait pu. Cet animal est vraiment très étrange. Il n’est pas franchement beau, mais il dégage de la sympathie. Mais je dois y renoncer également. Ce gros lézard ressemble trop à Donald Trump, cela créerait à coup sûr des polémiques.
Bon, je vais réduire encore la voilure. Je ne vais garder qu’un seul concept du challenge initial. Si je le fais très bien, cela peut compenser les contraintes manquantes.

Un bruit

Je vais juste choisir un bruit. Pourquoi-pas celui du marteau-piqueur. Son bruit n’est pas étrange, il n’est pas beau non plus, mais comme j’ai décidé de faire l’impasse sur ces deux contraintes, ce n’est pas grave. Par contre, cet engin est vraiment très bruyant, j’aurai peut-être un bonus pour les décibels.

mar_piq
Cliquez sur le marteau‑piqueur

Bon, vous en pensez quoi ? On est à cent pour cent dans l’aspect bruit du challenge, mais honnêtement, cela fait un peu mal aux oreilles. Je ne peux pas décemment présenter une vidéo de marteau-piqueur à l’agenda ironique. Je vais me faire lyncher.

Décidément, l’affaire est mal engagée. J’ai l’impression que plus j’avance, plus je m’enlise. Cet agenda n’était pas si facile que cela, je vais sans doute laisser tomber, on verra si ce qu’on nous propose en juin est plus inspirant, bof.
- Bof ?
Mais pourquoi pas bof après tout ? Et si mon agenda ironique de mai était simplement :

- Bof.

Bof, une onomatopée, un mot, un son, un bruit. Je trouve ce petit mot joli et mélodieux comme une bulle de champagne. Quant à son étrangeté, c’est bien simple, personne n’en connaît l’origine.
Je n’aurai pas le bonus des décibels mais j’aurai peut-être celui de la concision.


John Duff, mai 2021

separation

L’Agenda Ironique du mois d’avril est hébergé par Des Arts et Des Mots.
Son sujet est de faire un dialogue en y intégrant la phrase Cause toujours, tu m’intéresses, quelques anagrammes, boutades, homophonies, voire un marabout ou un trompe-oreilles et une citation.

agendav1
agendav2
agendav3

L’agenda d’avril

" Alors Ioula, as-tu une idée pour l’agenda ironique d’avril ?
- Oui, j’ai commencé un haïku, dis-moi ce que tu en penses :

Communication
Cause toujours tu m’intéresses
C’est une infection.

- Oui, c’est pas mal, mais tu as oublié l’anagramme, la citation et pas mal d’autres choses.
- Je sais bien, je n’ai pas pu tout mettre. Mon haïku il est plein, archi-plein comme le coffre de ma voiture quand je pars en vacances.
- C’est vrai qu’on n’a pas été aidé avec les consignes, ce mois-ci. Cet Agenda est quasiment infaisable !
- Et si on mettait deux haïkus bout à bout, tu crois que ça passerait les contrôles de conformité ?
- Je ne sais pas. De toute façon, si on nous fait une remarque, on pourra toujours dire qu’on ne savait pas.
- Bon, d’accord, c’est adopté. Pour résumer, tout ce qu’on ne peut pas mettre dans le premier on le met dans le deuxième et ce qui ne rentre pas dans le deuxième, on le fourre dans le premier.
- Oui, c’est ça. Ces deux haïkus sont le fourrage l’un de l’autre. Et toi, Gibulette, tu as écrit quelque chose ?
- J’ai fait une homophonie de printemps :

Un taon se détend
un instant en écoutant
Sylvie Vartan

- Oui, ça sonne bien. Voyons maintenant pour le trompe-oreilles. Tu sais ce que c’est, toi, un trompe-oreilles ? Moi, je l’ignore complètement.
- Moi non plus, je connais les trompes d’éléphants, les trompettes de la mort, mais pas les trompe-oreilles.
- Attend, je vais demander au monsieur assis à la table derrière.
- Monsieur
-...
- Monsieur !
-...
- Il est sourd ou il ne comprend pas !
- Regarde, il a pris un café turc, il est peut-être turc, appelle-le dans sa langue natale.
- Mösyö, kıvrılacağım
-...
- C’est pas ça, mais j’ai une autre idée. Il a mangé une mandarine à son dessert, je mets ma main au feu que c’est un mandarin, appelle-le en chinois.
- 请先生
-...
- Toujours pas ça, à mon tour d’essayer. Découvrir la nationalité des gens, c’est une question d’observation. As-tu remarqué que sa chaise n’est pas tout à fait en face de la table. Si elle est décalée vers la Mecque, cela peut vouloir dire qu’il est arabe. Je vais essayer dans cette langue.
- سيد من فضلك
-...
- Encore raté. Il est peut-être simplement dans la lune, il s’est endormi dans le " Lac des Songes " ? Je vais le ramener sur terre.
- ☽ ☾ ○ ⛥ ⛥ ☽ ☽◯⭘○
-... "

Le monsieur sembla soudain bouger. Il poussa un grand soupir et se tourna vers Ioula et Gibulette.
" Mesdames, je vois que je ne pourrai décidément pas faire ma séance de méditation postprandiale avant de vous avoir satisfaites. Que voulez-vous savoir ?
- Désolé de vous déranger monsieur, mais mon amie et moi, nous participons à un concours d’écriture. On doit inclure dans notre texte un trompe-oreilles et nous n’avons pas la moindre idée de ce que cela peut être.
- Rassurez-vous, ce n’est pas compliqué. C’est juste un texte dont la dispersion de l’écart-type des allitérations est très faible. Pour fixer les idées, je dirais qu’avec un coefficient de variation de 5 %, votre trompe-oreilles est excellent, à 10 % il est encore très bon. S’il tombe en dessous de 50 %, il est complètement pourri, on le déclasse alors directement en rime simple.
À mon tour de vous poser une question, c’est quoi votre jeu-concours exactement ?
- Tout d’abord monsieur, merci beaucoup pour votre aide. Pour notre jeu, c’est très simple, tous les mois un blogueur décide d’un thème et de quelques contraintes stylistiques et tous les blogueurs qui le souhaitent proposent un texte. En fin de mois, tous ceux qui le souhaitent votent pour le ou les textes qu’ils préfèrent.
- Et ça paye ?
- Pas vraiment, mais ce n’est pas le but. Venez partager avec nous notre tarte aux pommes vertes, jaunes et rouges, on va vous montrer ce qu’on a déjà fait. "

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Le monsieur vint s’assoir à la table des filles et l’on fit les présentations. Il s’appelait Arnoldo Poivrieri. On le surnommait assez injustement " Dodo le paresseux " à cause de son métier de testeur de matelas. Gibulette était une professeure de français, Ioula une harpiste irlandaise. Ensuite, on lui détailla les consignes du mois et Ioula fit un résumé de la situation :
" Pour l’instant on a deux haïkus, un avec la phrase " Cause toujours tu m’intéresses " et l’autre avec une homophonie de printemps, on séchait un peu pour le trompe-oreilles.
- Pour votre trompe-oreilles, je vous propose :

Ô taons, tiques ; authentiques hôtes antiques "

Gibulette sortit sa calculette et entreprit de calculer l’écart-type et le coefficient de variation du trompe-oreilles. Pendant ce temps, Ioula et Arnoldo finirent la tarte aux trois pommes. Ils papotèrent sur des riens, Arnoldo lui expliqua l’importance d’être bien éveillé dans son métier, Ioula lui parla de musique, de la beauté de son île natale, l’Irlande.

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Cliquez sur la harpe de Ioula
pour visiter son pays

Au bout de quelques minutes, Gibulette s’exclama :
" Sept pour cent, ça passe nickel !
- Super, dit Arnoldo, mais je voudrais revenir sur votre deuxième haïku, je crois qu’on a un autre problème.
- Qu’est-ce qui ne va pas ?
- C’est Sylvie Vartan, elle a un pied bot. Et il épela le dernier vers : [Syl] [vie] [Var] [tan], il n’y a que quatre pieds au lieu de cinq.
- Zut alors !
- C’est pas bien grave, on va rectifier ça, je vous propose de mettre :

Le taon se détend
Entendant Sylvie Vartan
Chantant au printemps.

- Je crois qu’on a presque tout mis, dis Ioula, plus qu’un haïku à faire pour l’anagramme.
- On devrait le mettre dans le titre, dis Gibulette, comme ça, ça nous évitera d’avoir trop d’haïkus à la suite comme un convoi de péniches.
- Tu as raison, répondit Arnoldo, un haïku ça ne doit pas ressembler à " La légende des siècles ".
C’est Ioula qui trouva le titre et son anagramme. Comme elle était musicienne, elle n’avait pas pu s’empêcher d’en faire un en rapport avec son art :

" On jodle, art aimé " avec comme anagramme " Ma jolie tornade "

" Je pense qu’on a fini, dis Gibulette, il ne reste plus qu’à tout mettre ensemble, dans quel ordre on les met ?
- Et si on intercalait le trompe-oreilles dans les haïkus, proposa Arnoldo,
- Tu as raison, dis Ioula, après tout " Des Arts et des Mots " n’a pas expressément interdit de faire une lasagne littéraire. Tout ce qui n’est pas interdit est permis, cela donnerait :

On jodle, art aimé (Ma jolie tornade)
Par Gibulette, Ioula et Arnoldo

La
Communication,
C’est une infection
Authentique.

Ô taons, tiques !
Le taon se détend
Entendant Sylvie Vartan,
Antique hôtesse,
Chantant au printemps :
" Cause toujours tu m’intéresses "

Amis lecteurs, la production de Gibulette, Ioula et Arnoldo s’arrête ici.
Il y a peu de chance qu’ils gagnent quoi que ce soit car, il faut bien le reconnaître, leur production est un peu bancale. Mais cela n’a pas d’importance car ils se sont rencontrés, ils ont causé et ils se sont bien amusés. Et comme disait Pierre de Coubertin : " L’important n’est pas de gagner mais de participer. "

Je me demande si Arnoldo s’est aperçu que l’anagramme de Ioula avait une troisième signification : Arnoldo, je t’aime.

John Duff

separation

Poème écrit le 15/03/2021 pour Iotop dans le cadre de son Challenge Lune.

En hommage à Alisha

La mer des humeurs

Dis-moi quelle est l’odeur des poussières sidérales,
Qui se fracassent sans fin dans ton monde minéral ?
Déjà cinquante ans que t’ont quitté les ricains,
Mais sur six cents millions d’années, c’est moins que rien.

Mer des humeurs, qui te rend si triste dans le ciel ?
Tu crois pleurer seule. Moi, toutes les nuits, je te vois.
Tes larmes de pierre immobiles font mon désarroi.
Trouves-tu aussi les hommes sur terre artificiels ?

«  Lacus Mortis  », je compatis à ta souffrance,
Nous tombons dans l’abîme, avons gâché nos chances.
Le soleil te réchauffe, pas le cœur des terriens.

Ton éclatant silence, c’est pour nos hérésies,
Une mauvaise humeur, un regard, une jalousie.
Les enfants se tuent sur terre, comme ça, pour rien.

John Duff, mars 2021

separation

L’Agenda Ironique de février est hébergé par Frog.
Son sujet est " Hydres et Chimères " : Raconter l’histoire d’un dragon qui doit s’emparer de quelqu’un ou quelque chose sans utiliser la violence. Utiliser les mots : baragouin, buffle et méphitique.

L’extinction des feux

Nous autres les dragons, notre réputation est très surfaite. On nous imagine toujours royal, survolant le monde, crachant des flammes gigantesques ou renversant le moindre obstacle d’un battement d’aile.
La vérité est tout autre, avec l’âge, nos flammes sont moins fortes, les temps de rechargement s’allongent, on vole moins haut et moins souvent.
Pour parler simplement, il y a 300 ans j’étais jeune et je mangeais ma viande « bien cuite » ; il y a encore 200 ans, je la mangeais « à point » ; depuis 100 ans, je la mange « saignante » . Le dernier humain que j’ai mangé, il était tout juste « bleu » (et encore je pense que c’était plus dû à la peur qu’au manque de cuisson).
Il faut que vous sachiez aussi que nous, les dragons, nous avons des dents spéciales sur les maxillaires inférieures et supérieures qui, lorsque l’on claque des dents, font des étincelles. Si vous claquez des dents avec une haleine avinée et méphitique... ça brûle.
Donc ce préambule pour que vous compreniez la mésaventure qui m’est arrivée récemment.

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Cliquer sur mon image pour venir jouer au ballon avec moi

J’étais en train de siroter une petite Mort Subite quand une racaille me déboule sous les naseaux en hurlant :
« Donne-moi ton fric ou je te fume ! »
Classique, un vendeur-de-beuh-arracheur-de-sacs-à-main-voleur-de-vélos qui veut tester sa virilité. « Je vais le cramer » , je me dis. Donc je finis ma bière, je prends une profonde inspiration, je claque des dents et... rien du tout, pas même une flammèche. J’avais ce qu’on appelle chez nous une " extinction des feux " .
« Zut, je me dis, il faut que j’aille voir mon pyrologue. Je vais simplement l’effrayer pour le faire fuir. » Je lui lance le premier baragouin qui me passe par la tête :
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Tu seras châtié de ta témérité. »
Je sais bien, cette réplique n’est pas de moi, je l’avais entendue dans un dessin animé. Je pensais l’avoir calmé mais ce couillon me répond :
« Sire, Que votre Majesté ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je vendais ma beuh plus de vingt pas au-dessous d’elle,
Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson. »
C’était mot pour mot la réplique suivante du dessin animé. Il l’avait vu aussi et se moquait de moi. J’étais un peu désemparé.
Je n’ai pas eu le temps de me poser des questions très longtemps. Il a sorti une bombe lacrymogène et un extincteur et les deux jets croisés m’ont mis hors de combat instantanément.
« Le fric tout de suite, il a encore hurlé.
- je n’ai rien ici, j’ai dit.
- Il est où ?
- Je le laisse chez ma copine Ioula.
- Elle habite où ? On va y aller. »
Il monte sur mon dos et nous voilà parti chez ma copine.

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Cliquer sur ma copine Ioula pour visiter son appartement

Ioula a tout de suite vu que quelque chose n’allait pas et que si elle essayait de griller mon assaillant cela se passerait très mal pour moi.
« Où est le fric ! a-t-il encore hurlé, il manquait vraiment de vocabulaire.
- Dans le piano, elle a répondu.
- OK, allons le chercher. »
Le piano était dans une pièce insonorisée par des peaux de buffles posées au sol et tendues sur les murs. C’était un piano très large, faisant plus de vingt octaves. Il avait un cadre en fer encastré directement dans la roche. Vous autres, pauvres humains, vous nous appelez des bêtes mais vous n’êtes pas capable d’apprécier une ligne de basse aux infrasons dans les 10 Hz ou une délicate aria aux ultrasons au-dessus de 200 000 Hz.
« Comment ouvrir le piano ? il a encore dit.
- Il faut taper un code sur le clavier.
- Tape-le et ouvre ce piano. »
Ioula tapa le code. Le couvercle du piano s’ouvrit découvrant une rangée de cordes s’enfonçant loin dans la montagne. Mais elle ne s’arrêta pas de jouer.
Au bout de trois notes, il s’était figé au milieu de la pièce et semblait en apnée.
Ioula continua, après quelques minutes, elle commença à battre des ailes créant une brise dans la pièce. Celle-ci se transforma rapidement en un sirocco qu’elle dirigea directement sur le piano. Les cordes furent prises d’une nouvelle vibration, une seconde mélodie se superposa à la première. C’était d’une beauté insoutenable !
Notre agresseur était complètement amorphe. Son système nerveux n’avait pas supporté ces sons grandioses et il semblait se liquéfier.
Ioula commença à cracher des flammes sur le piano. Celui-ci prit des couleurs rouge sombre, jaune, par endroits blanc éclatant. Ces effets de chaleur distendaient le cadre et les cordes et donnaient des effets de pédale wah-wah du plus joli effet. Je fermais les yeux, elle ne jouait plus que pour nous deux.
Au bout de quelque temps, lorsqu’elle arrêta de jouer, nous avions presque oublié notre drôle. Je me suis retourné pour voir où il était. Il avait fondu et il ne restait plus de lui qu’une petite flaque qui ne sentait pas très bon.
« Ouvre la fenêtre, j’ai dit à Ioula, ça sent la beuh. »


John Duff

separation

L’Agenda Ironique de janvier 2021 hégergé par Carnets Paresseux.
Son sujet : Dans un texte en sept parties, découvrir une ville étrangère. Utiliser les mots : Onésime et réverbère.

La semaine qui a changé ma vie

Lundi
Après avoir perdu les élections, j’étais épuisé. Trois mois d’une campagne harassante et tout ça pour rien, j’avais quand même perdu ! Quand j’y pense, c’était tout de même malheureux. J’avais réussi à faire voter tous les cimetières de la région et pourtant ce sacré Bidet était parvenu à bourrer les urnes plus que moi !
Il fallait vraiment que j’aille me reposer...
J’avais d’abord pensé partir à Saint-Remy-en-Bouzemont-Saint-Genest-et-Isson mais je connaissais trop de monde là-bas, je préférais m’isoler.
J’ai ensuite envisagé d’aller à Saint-Germain-de-Tallevende-la-Lande-Vaumont mais la météo y était trop incertaine.
J’ai également pensé me reposer à Beaujeu-Saint-Vallier-Pierrejux-et-Quitteu mais les congères d’artichauts sont très fréquentes dans cette région en janvier.
Finalement mon choix s’est porté sur le petit village d’Y dans la Somme. Je me suis dit qu’en plus cela me ferait gagner du temps dans la rédaction d’un ordre de réexpédition pour mon courrier.

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Mardi
Je suis arrivé à l’auberge où j’allais résider quelques jours. Je me suis renseigné auprès du bistrotier pour savoir s’il y avait des choses à voir dans le village : « Mon bon monsieur, ici c’est la campagne. À part l’église et descendre la rue principale, vous aurez vite fait le tour. Mais vous avez de la chance, il y a en ce moment une exposition dans la salle des fêtes ».

Mercredi
Aujourd’hui, j’ai visité l’église d’Y, jolie petite église. Malheureusement, elle a à moitié brûlé dans un incendie l’année dernière. Le clocher est tombé mais elle reste très jolie. Trois arches avec au-dessus une petite rosace entourée de deux tourettes carrées.
Je rentre dans l’église. Coïncidence, je n’ai pas fait trois pas qu’une délicate mélodie d’orgue charme mes oreilles. D’abord, je pense qu’elle est enregistrée, mais je m’aperçois qu’elle vient d’un orgue caché dans la pénombre. Mes yeux s’habituant à l’obscurité j’arrive à discerner, au-dessus de l’orgue, le sommet d’une tête. Des cheveux noirs qui se balancent au rythme de la musique. Je m’assieds pour écouter...
Au bout d’une heure la musique s’arrête et je vois une petite asiatique se lever, prendre ses affaires et sortir rapidement. Le temps de réagir et d’arriver au portail, trop tard, elle a disparu ! Dommage, j’aurais bien aimé lui parler.

Jeudi
Aujourd’hui j’ai descendu la rue principale du village, elle est plutôt agréable. Dans le haut, un grand bâtiment carré au toit plat et sans murs, plein de courants d’air. Sur la droite, une pharmacie dont le nom est bizarrement écrit en anglais, sur la gauche une salle de cinéma, sur la droite un restaurant avec des parapluies rouges sur sa terrasse, des boutiques de prêt-à-porter. En bas de la rue, un grand bâtiment avec un drapeau-dessus et un gendarme devant, sans doute la mairie ou un bâtiment administratif. La rue se termine sur une place ronde avec au milieu un monument pointu à la gloire de je ne sais qui. Derrière ce monument il doit y avoir une foire car je vois une grande roue qui dépasse. J’irai voir demain.
La petite organiste que j’ai entendu hier me chantonne dans la tête.

Vendredi
Comme prévu je suis allé voir la foire. Derrière les manèges des gens sont rassemblés sur une place pour écouter une fanfare. En son milieu, un kiosque en pierres blanches avec une date : 5 janvier 1875. Le kiosque est couvert par une coupole verte et deux petites statues dorées de chaque côté. Des petits rats blancs courent dans les trous du muret formant la base de l’édifice.
Un concert est commencé, quelques instruments : caisse claire, trompette, trombone et un vieux piano. J’ai un choc ! Ma petite organiste s’est muée en pianiste. Je m’assieds sur une chaise et je décolle. Les instruments s’estompent pour ne laisser que le piano. Nos yeux se croisent et elle soutient les miens, j’ai même le sentiment qu’elle me sourit.
Le concert terminé je voudrais lui parler mais il y a trop de monde. J’arrive quand même à l’approcher et la félicite pour sa prestation. Je lui dis que j’aimerais la revoir, elle me répond qu’elle ira demain voir l’exposition de la salle des fêtes. Nous convenons d’un rendez-vous sous le réverbère à côté de la salle.

Samedi
À l’heure dite, j’étais sous le réverbère, avec une boîte de chocolats pour faire bonne figure. Ma petite asiatique arriva, nous prîmes des tickets dans une tente pyramidale transparente montée devant la salle des fêtes. L’exposition était assez chouette, des peintures, des portraits, je remarquais en particulier une dame qui me regardait avec un regard indéfinissable, d’autres tableaux dont un radeau qui nous médusa. Il y avait également des statues, je découvris une déesse Aphrodite qui aurait pu être extraordinaire mais qui malheureusement avait perdu ses bras.
Elle me raconta sa vie, elle s’appelait Ioula, était chinoise, née sur un boat people et arrivée en France très jeune. Elle avait été placée puis adoptée par une famille ypsilonienne. Son oncle, Onésime Graffman lui avait appris le piano.
Nous avons remonté la rue principale et mangé dans un petit restaurant, le " Georg’vé ". Nous avons ensuite continué notre visite d’Y " by night ". De l’autre côté de la rue se trouvait un routier, le " Lit d’en haut ". La façade était étroite mais bien éclairée, les murs étaient décorés de posters de femmes assez dénudées. Il semblait y régner une bonne ambiance et nous avons décidé d’y passer le reste de la soirée. Je n’ai pas du tout prêté attention aux serveuses pourtant très aguichantes.
Ces quelques heures furent pour moi les plus belles de ma vie.

Dimanche
Quand je me suis réveillé, Ioula n’était plus là, il pleuvait sur Y, je devais rentrer travailler.

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À quoi tiennent les choses, Ioula est devenue une grande artiste internationale. Moi, j’ai abandonné depuis longtemps la politique. Bien que vingt ans se soient passés, Ioula est toujours restée dans mon coeur.

Souvent le monde est petit et étriqué mais notre cœur peut être énorme.

John Duff

separation

l’Agenda Ironique de décembre 2020

Irréversibilité


Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les fakes news, les mensonges, l’égoïsme, la tromperie,
Ce archer de Trump qui dirige les États-Unis,
Quand la bassesse s’élève au rang de capitaine.
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?

Ange plein de santé, connaissez-vous le COVID,
Les Raoult, Salomon, les Pfizer et Véran,
Et cette sensation que partout on nous ment,
Et ces morts par milliers dans les EHPAD qu’on vide,
Ange plein de santé, connaissez-vous le COVID ?

Ange plein de pureté, as-tu mis ta crit’air,
Gaz de schiste, Monsanto, quand partout la mer monte,
La Terre qui s’écroule et les états n’ont pas honte,
Nos sauveurs sont des ayatollahs doctrinaires,
Ange plein de pureté, as-tu mis ta crit’air ?

Ange plein de grandeur, ben qu’est-ce qu’y s’passe à Paris ?
Arrêtez d’nous causer d’régionalisme, faite-le enfin
Et comme on dit dans l’nord : « cre vin dieu la marie,
Freume tin chucrier, ches mouques y vont rintrer d’dins
 ».
Ange plein de grandeur, ben qu’est-qu’y s’passe à Paris ?

Ange plein de bonheur, enfin deux mille vingt-et-un,
J’irai au concert, ciné et à l’opéra,
Je pourrai enfin voir sur scène la belle Yuja,
Annus horribilis c’est maintenant ta fin,
Ange plein de bonheur, enfin deux mille vingt-et-un !


John Duff