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L'Agenda Ironique du mois de mai est hébergé par Palette d'expressions.
Le challenge est d'écrire un texte sur « Un bruit étrange et beau » en utilisant les mots : cyclo-pousse, île et poirier.



Yuja et le marteau-piqueur

Quand j'ai découvert le sujet de l'agenda de mai, pour parler comme les jeun's, j'étais trop content.
Le thème : Un bruit étrange et beau, trop facile !
Je vais évidemment vous parler de mon artiste préférée, Yuja Wang, la meilleure pianiste du monde !

rafflesia
C'est moi

Mon seul problème est de savoir quel morceau je vais choisir. Moi, j'adore toutes ses interprétations, je les trouve toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Mais quel morceau choisir pour convaincre un non-initié ?
Ce sera mon vrai défi. Le plaisir du passionné est souvent plus fort à faire découvrir sa passion à un profane plutôt que de la partager avec d'autres fanatiques.
J'ai donc commencé à sélectionner quelques morceaux qui me paraissaient en adéquation avec cet objectif : du pétillant, du profond, du virtuose, du violent...

Cliquer sur la Yuja que vous préférez

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Yuja beige (sensible)
yuja_verte
Yuja verte (si vous voulez voir un accord peu académique)
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Yuja jaune (inspirée)
yuja_rouge
Yuja rouge (ardente)
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Yuja rose (virtuose)

Et soudain, j'ai été pris par un doute.

Un bruit étrange et beau ?

Est-ce que je peux vraiment employer le mot bruit pour parler de la musique de Yuja ? Ce mot a une connotation négative qui ne s'allie pas du tout avec le divin.

Est-ce que je peux utiliser le mot étrange pour parler de la musique de Yuja ? Sa musique n'est pas à proprement parler étrange. Elle est virtuose, exaltée, sensible, sublime - mais pas étrange.

Est-ce que je peux utiliser le mot beau pour parler de la musique de Yuja ? J'aurais pu il y a trente ans, mais ce mot a été complètement dévalué par un glissement sémantique. Ce qui était « beau » il y a trente ans est devenu « génial » il y a vingt ans et carrément " mortel " il y en a dix. Aujourd'hui, il faut dire : djomb, déclassé, archi ou dar.

Je me refuse à dire que Yuja est djomb ou déclassée.

Alors, j'ai analysé ma proposition.
En quantitatif, sur les cinq mots du défi, si je retire bruit, étrange et beau, il m'en reste deux qui peuvent concourir, Un et et, soit un challenge réussi au mieux à 40 %, pas terrible.
En qualitatif, c'est pire. Les deux mots qu'il me reste sont un pronom indéfini et une conjonction de coordination. Ces mots ne portent en aucune façon le sens du challenge de l'agenda.
La mort dans l'âme, j'ai donc dû me séparer de Yuja. J'ai décidé de revoir mes ambitions à la baisse et de me contenter d'un texte qui ne respectait que deux des trois points du défi.

Étrange et beau

Je vais simplement essayer de trouver une personne ou un objet étrange et beau. Cela doit pouvoir se trouver une beauté étrange.
Un bel étranger ? Trop facile.
Pourquoi pas la Rafflesia arnoldii, la plus grande fleur du monde.

rafflesia
Cliquer pour découvrir la Rafflesia arnoldii

Moi, je trouve cette fleur très chouette, mais certains esprits chagrins risquent de me dire qu'elle n'est pas belle. Qu'elle est seulement très grande, voire un peu pataude.
Qui à raison ? Est-ce que je la garde parce qu'elle me plait et tant pis pour les lecteurs grincheux ou est-ce que je fais un deuxième choix qui me satisfera moins, mais qui sera plus consensuel ?
Posé comme cela, j'entends déjà votre réponse claire et nette : " Ne vends pas ton âme, ne fais pas d'entorse à ta création littéraire, ce commercial racoleur est indigne de toi ! "
Mais votre réponse ne me convient pas non plus. Si j'ai envie de faire plaisir aux gens, si j'ai envie qu'ils sourient en me lisant, pourquoi me forcer à utiliser des mots dont je sais qu'ils ne seront pas reçus ?
J'ai donc laissé tomber la Rafflesia arnoldii.

Et si je prenais comme sujet une aurore boréale ?

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Cliquez sur l'image pour savoir quel pays a une aurore boréale dans son drapeau

C'est majestueux, c'est planant. C'est donc à la fois profondément beau et bougrement étrange. Mais j'ai tout de suite vu que ce n'était pas possible non plus.
Pourquoi me direz-vous. Mais à cause des mots obligatoires que Palette d'expressions nous a collé dans les pattes. Une aurore boréale n'a rien à voir, ni avec les cyclo-pousses, ni avec les îles, ni avec les poiriers. C'est (trop) rageant !

J'ai fait un dernier essai avec le dragon du Komodo.

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Cliquer sur dragon du Komodo pour aller le visite chez lui

Ça aurait pu. Cet animal est vraiment très étrange. Il n'est pas franchement beau, mais il dégage de la sympathie. Mais je dois y renoncer également. Ce gros lézard ressemble trop à Donald Trump, cela créerait à coup sûr des polémiques.
Bon, je vais réduire encore la voilure. Je ne vais garder qu'un seul concept du challenge initial. Si je le fais très bien, cela peut compenser les contraintes manquantes.

Un bruit

Je vais juste choisir un bruit. Pourquoi-pas celui du marteau-piqueur. Son bruit n'est pas étrange, il n'est pas beau non plus, mais comme j'ai décidé de faire l'impasse sur ces deux contraintes, ce n'est pas grave. Par contre, cet engin est vraiment très bruyant, j'aurai peut-être un bonus pour les décibels.

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Cliquez sur le marteau‑piqueur

Bon, vous en pensez quoi ? On est à cent pour cent dans l'aspect bruit du challenge, mais honnêtement, cela fait un peu mal aux oreilles. Je ne peux pas décemment présenter une vidéo de marteau-piqueur à l'agenda ironique. Je vais me faire lyncher.

Décidément, l'affaire est mal engagée. J'ai l'impression que plus j'avance, plus je m'enlise. Cet agenda n'était pas si facile que cela, je vais sans doute laisser tomber, on verra si ce qu'on nous propose en juin est plus inspirant, bof.
- Bof ?
Mais pourquoi pas bof après tout ? Et si mon agenda ironique de mai était simplement :

- Bof.

Bof, une onomatopée, un mot, un son, un bruit. Je trouve ce petit mot joli et mélodieux comme une bulle de champagne. Quant à son étrangeté, c'est bien simple, personne n'en connaît l'origine.
Je n'aurai pas le bonus des décibels mais j'aurai peut-être celui de la concision.


John Duff, mai 2021

separation

L'Agenda Ironique du mois d'avril est hébergé par Des Arts et Des Mots.
Son sujet est de faire un dialogue en y intégrant la phrase Cause toujours, tu m'intéresses, quelques anagrammes, boutades, homophonies, voire un marabout ou un trompe-oreilles et une citation.

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L'agenda d'avril

" Alors Ioula, as-tu une idée pour l'agenda ironique d'avril ?
- Oui, j'ai commencé un haïku, dis-moi ce que tu en penses :

Communication
Cause toujours tu m'intéresses
C'est une infection.

- Oui, c'est pas mal, mais tu as oublié l'anagramme, la citation et pas mal d'autres choses.
- Je sais bien, je n'ai pas pu tout mettre. Mon haïku il est plein, archi-plein comme le coffre de ma voiture quand je pars en vacances.
- C'est vrai qu'on n'a pas été aidé avec les consignes, ce mois-ci. Cet Agenda est quasiment infaisable !
- Et si on mettait deux haïkus bout à bout, tu crois que ça passerait les contrôles de conformité ?
- Je ne sais pas. De toute façon, si on nous fait une remarque, on pourra toujours dire qu'on ne savait pas.
- Bon, d'accord, c'est adopté. Pour résumer, tout ce qu'on ne peut pas mettre dans le premier on le met dans le deuxième et ce qui ne rentre pas dans le deuxième, on le fourre dans le premier.
- Oui, c'est ça. Ces deux haïkus sont le fourrage l'un de l'autre. Et toi, Gibulette, tu as écrit quelque chose ?
- J'ai fait une homophonie de printemps :

Un taon se détend
un instant en écoutant
Sylvie Vartan

- Oui, ça sonne bien. Voyons maintenant pour le trompe-oreilles. Tu sais ce que c'est, toi, un trompe-oreilles ? Moi, je l'ignore complètement.
- Moi non plus, je connais les trompes d'éléphants, les trompettes de la mort, mais pas les trompe-oreilles.
- Attend, je vais demander au monsieur assis à la table derrière.
- Monsieur
-...
- Monsieur !
-...
- Il est sourd ou il ne comprend pas !
- Regarde, il a pris un café turc, il est peut-être turc, appelle-le dans sa langue natale.
- Mösyö, kıvrılacağım
-...
- C'est pas ça, mais j'ai une autre idée. Il a mangé une mandarine à son dessert, je mets ma main au feu que c'est un mandarin, appelle-le en chinois.
- 请先生
-...
- Toujours pas ça, à mon tour d'essayer. Découvrir la nationalité des gens, c'est une question d'observation. As-tu remarqué que sa chaise n'est pas tout à fait en face de la table. Si elle est décalée vers la Mecque, cela peut vouloir dire qu'il est arabe. Je vais essayer dans cette langue.
- سيد من فضلك
-...
- Encore raté. Il est peut-être simplement dans la lune, il s'est endormi dans le " Lac des Songes " ? Je vais le ramener sur terre.
- ☽ ☾ ○ ⛥ ⛥ ☽ ☽◯⭘○
-... "

Le monsieur sembla soudain bouger. Il poussa un grand soupir et se tourna vers Ioula et Gibulette.
" Mesdames, je vois que je ne pourrai décidément pas faire ma séance de méditation postprandiale avant de vous avoir satisfaites. Que voulez-vous savoir ?
- Désolé de vous déranger monsieur, mais mon amie et moi, nous participons à un concours d'écriture. On doit inclure dans notre texte un trompe-oreilles et nous n'avons pas la moindre idée de ce que cela peut être.
- Rassurez-vous, ce n'est pas compliqué. C'est juste un texte dont la dispersion de l'écart-type des allitérations est très faible. Pour fixer les idées, je dirais qu'avec un coefficient de variation de 5 %, votre trompe-oreilles est excellent, à 10 % il est encore très bon. S'il tombe en dessous de 50 %, il est complètement pourri, on le déclasse alors directement en rime simple.
À mon tour de vous poser une question, c'est quoi votre jeu-concours exactement ?
- Tout d'abord monsieur, merci beaucoup pour votre aide. Pour notre jeu, c'est très simple, tous les mois un blogueur décide d'un thème et de quelques contraintes stylistiques et tous les blogueurs qui le souhaitent proposent un texte. En fin de mois, tous ceux qui le souhaitent votent pour le ou les textes qu'ils préfèrent.
- Et ça paye ?
- Pas vraiment, mais ce n'est pas le but. Venez partager avec nous notre tarte aux pommes vertes, jaunes et rouges, on va vous montrer ce qu'on a déjà fait. "

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Le monsieur vint s'assoir à la table des filles et l'on fit les présentations. Il s'appelait Arnoldo Poivrieri. On le surnommait assez injustement " Dodo le paresseux " à cause de son métier de testeur de matelas. Gibulette était une professeure de français, Ioula une harpiste irlandaise. Ensuite, on lui détailla les consignes du mois et Ioula fit un résumé de la situation :
" Pour l'instant on a deux haïkus, un avec la phrase " Cause toujours tu m'intéresses " et l'autre avec une homophonie de printemps, on séchait un peu pour le trompe-oreilles.
- Pour votre trompe-oreilles, je vous propose :

Ô taons, tiques ; authentiques hôtes antiques "

Gibulette sortit sa calculette et entreprit de calculer l'écart-type et le coefficient de variation du trompe-oreilles. Pendant ce temps, Ioula et Arnoldo finirent la tarte aux trois pommes. Ils papotèrent sur des riens, Arnoldo lui expliqua l'importance d'être bien éveillé dans son métier, Ioula lui parla de musique, de la beauté de son île natale, l'Irlande.

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Cliquez sur la harpe de Ioula
pour visiter son pays

Au bout de quelques minutes, Gibulette s'exclama :
" Sept pour cent, ça passe nickel !
- Super, dit Arnoldo, mais je voudrais revenir sur votre deuxième haïku, je crois qu'on a un autre problème.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
- C'est Sylvie Vartan, elle a un pied bot. Et il épela le dernier vers : [Syl] [vie] [Var] [tan], il n'y a que quatre pieds au lieu de cinq.
- Zut alors !
- C'est pas bien grave, on va rectifier ça, je vous propose de mettre :

Le taon se détend
Entendant Sylvie Vartan
Chantant au printemps.

- Je crois qu'on a presque tout mis, dis Ioula, plus qu'un haïku à faire pour l'anagramme.
- On devrait le mettre dans le titre, dis Gibulette, comme ça, ça nous évitera d'avoir trop d'haïkus à la suite comme un convoi de péniches.
- Tu as raison, répondit Arnoldo, un haïku ça ne doit pas ressembler à " La légende des siècles ".
C'est Ioula qui trouva le titre et son anagramme. Comme elle était musicienne, elle n'avait pas pu s'empêcher d'en faire un en rapport avec son art :

" On jodle, art aimé " avec comme anagramme " Ma jolie tornade "

" Je pense qu'on a fini, dis Gibulette, il ne reste plus qu'à tout mettre ensemble, dans quel ordre on les met ?
- Et si on intercalait le trompe-oreilles dans les haïkus, proposa Arnoldo,
- Tu as raison, dis Ioula, après tout " Des Arts et des Mots " n'a pas expressément interdit de faire une lasagne littéraire. Tout ce qui n'est pas interdit est permis, cela donnerait :

On jodle, art aimé (Ma jolie tornade)
Par Gibulette, Ioula et Arnoldo

La
Communication,
C'est une infection
Authentique.

Ô taons, tiques !
Le taon se détend
Entendant Sylvie Vartan,
Antique hôtesse,
Chantant au printemps :
" Cause toujours tu m'intéresses "

Amis lecteurs, la production de Gibulette, Ioula et Arnoldo s'arrête ici.
Il y a peu de chance qu'ils gagnent quoi que ce soit car, il faut bien le reconnaître, leur production est un peu bancale. Mais cela n'a pas d'importance car ils se sont rencontrés, ils ont causé et ils se sont bien amusés. Et comme disait Pierre de Coubertin : " L'important n'est pas de gagner mais de participer. "

Je me demande si Arnoldo s'est aperçu que l'anagramme de Ioula avait une troisième signification : Arnoldo, je t'aime.

John Duff

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Poème écrit le 15/03/2021 pour Iotop dans le cadre de son Challenge Lune.

En hommage à Alisha

La mer des humeurs

Dis-moi quelle est l'odeur des poussières sidérales,
Qui se fracassent sans fin dans ton monde minéral ?
Déjà cinquante ans que t'ont quitté les ricains,
Mais sur six cents millions d'années, c'est moins que rien.

Mer des humeurs, qui te rend si triste dans le ciel ?
Tu crois pleurer seule. Moi, toutes les nuits, je te vois.
Tes larmes de pierre immobiles font mon désarroi.
Trouves-tu aussi les hommes sur terre artificiels ?

«  Lacus Mortis  », je compatis à ta souffrance,
Nous tombons dans l'abîme, avons gâché nos chances.
Le soleil te réchauffe, pas le cœur des terriens.

Ton éclatant silence, c'est pour nos hérésies,
Une mauvaise humeur, un regard, une jalousie.
Les enfants se tuent sur terre, comme ça, pour rien.

John Duff, mars 2021

separation

L'Agenda Ironique de février est hébergé par Frog.
Son sujet est " Hydres et Chimères " : Raconter l'histoire d'un dragon qui doit s'emparer de quelqu'un ou quelque chose sans utiliser la violence. Utiliser les mots : baragouin, buffle et méphitique.

L'extinction des feux

Nous autres les dragons, notre réputation est très surfaite. On nous imagine toujours royal, survolant le monde, crachant des flammes gigantesques ou renversant le moindre obstacle d'un battement d'aile.
La vérité est tout autre, avec l'âge, nos flammes sont moins fortes, les temps de rechargement s'allongent, on vole moins haut et moins souvent.
Pour parler simplement, il y a 300 ans j'étais jeune et je mangeais ma viande « bien cuite » ; il y a encore 200 ans, je la mangeais « à point » ; depuis 100 ans, je la mange « saignante » . Le dernier humain que j'ai mangé, il était tout juste « bleu » (et encore je pense que c'était plus dû à la peur qu'au manque de cuisson).
Il faut que vous sachiez aussi que nous, les dragons, nous avons des dents spéciales sur les maxillaires inférieures et supérieures qui, lorsque l'on claque des dents, font des étincelles. Si vous claquez des dents avec une haleine avinée et méphitique... ça brûle.
Donc ce préambule pour que vous compreniez la mésaventure qui m'est arrivée récemment.

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Cliquer sur mon image pour venir jouer au ballon avec moi

J'étais en train de siroter une petite Mort Subite quand une racaille me déboule sous les naseaux en hurlant :
« Donne-moi ton fric ou je te fume ! »
Classique, un vendeur-de-beuh-arracheur-de-sacs-à-main-voleur-de-vélos qui veut tester sa virilité. « Je vais le cramer » , je me dis. Donc je finis ma bière, je prends une profonde inspiration, je claque des dents et... rien du tout, pas même une flammèche. J'avais ce qu'on appelle chez nous une " extinction des feux " .
« Zut, je me dis, il faut que j'aille voir mon pyrologue. Je vais simplement l'effrayer pour le faire fuir. » Je lui lance le premier baragouin qui me passe par la tête :
« Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Tu seras châtié de ta témérité. »
Je sais bien, cette réplique n'est pas de moi, je l'avais entendue dans un dessin animé. Je pensais l'avoir calmé mais ce couillon me répond :
« Sire, Que votre Majesté ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je vendais ma beuh plus de vingt pas au-dessous d'elle,
Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson. »
C'était mot pour mot la réplique suivante du dessin animé. Il l'avait vu aussi et se moquait de moi. J'étais un peu désemparé.
Je n'ai pas eu le temps de me poser des questions très longtemps. Il a sorti une bombe lacrymogène et un extincteur et les deux jets croisés m'ont mis hors de combat instantanément.
« Le fric tout de suite, il a encore hurlé.
- je n'ai rien ici, j'ai dit.
- Il est où ?
- Je le laisse chez ma copine Ioula.
- Elle habite où ? On va y aller. »
Il monte sur mon dos et nous voilà parti chez ma copine.

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Cliquer sur ma copine Ioula pour visiter son appartement

Ioula a tout de suite vu que quelque chose n'allait pas et que si elle essayait de griller mon assaillant cela se passerait très mal pour moi.
« Où est le fric ! a-t-il encore hurlé, il manquait vraiment de vocabulaire.
- Dans le piano, elle a répondu.
- OK, allons le chercher. »
Le piano était dans une pièce insonorisée par des peaux de buffles posées au sol et tendues sur les murs. C'était un piano très large, faisant plus de vingt octaves. Il avait un cadre en fer encastré directement dans la roche. Vous autres, pauvres humains, vous nous appelez des bêtes mais vous n'êtes pas capable d'apprécier une ligne de basse aux infrasons dans les 10 Hz ou une délicate aria aux ultrasons au-dessus de 200 000 Hz.
« Comment ouvrir le piano ? il a encore dit.
- Il faut taper un code sur le clavier.
- Tape-le et ouvre ce piano. »
Ioula tapa le code. Le couvercle du piano s'ouvrit découvrant une rangée de cordes s'enfonçant loin dans la montagne. Mais elle ne s'arrêta pas de jouer.
Au bout de trois notes, il s'était figé au milieu de la pièce et semblait en apnée.
Ioula continua, après quelques minutes, elle commença à battre des ailes créant une brise dans la pièce. Celle-ci se transforma rapidement en un sirocco qu'elle dirigea directement sur le piano. Les cordes furent prises d'une nouvelle vibration, une seconde mélodie se superposa à la première. C'était d'une beauté insoutenable !
Notre agresseur était complètement amorphe. Son système nerveux n'avait pas supporté ces sons grandioses et il semblait se liquéfier.
Ioula commença à cracher des flammes sur le piano. Celui-ci prit des couleurs rouge sombre, jaune, par endroits blanc éclatant. Ces effets de chaleur distendaient le cadre et les cordes et donnaient des effets de pédale wah-wah du plus joli effet. Je fermais les yeux, elle ne jouait plus que pour nous deux.
Au bout de quelque temps, lorsqu'elle arrêta de jouer, nous avions presque oublié notre drôle. Je me suis retourné pour voir où il était. Il avait fondu et il ne restait plus de lui qu'une petite flaque qui ne sentait pas très bon.
« Ouvre la fenêtre, j'ai dit à Ioula, ça sent la beuh. »


John Duff

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L'Agenda Ironique de janvier 2021 hégergé par Carnets Paresseux.
Son sujet : Dans un texte en sept parties, découvrir une ville étrangère. Utiliser les mots : Onésime et réverbère.

La semaine qui a changé ma vie

Lundi
Après avoir perdu les élections, j'étais épuisé. Trois mois d'une campagne harassante et tout ça pour rien, j'avais quand même perdu ! Quand j'y pense, c'était tout de même malheureux. J'avais réussi à faire voter tous les cimetières de la région et pourtant ce sacré Bidet était parvenu à bourrer les urnes plus que moi !
Il fallait vraiment que j'aille me reposer...
J'avais d'abord pensé partir à Saint-Remy-en-Bouzemont-Saint-Genest-et-Isson mais je connaissais trop de monde là-bas, je préférais m'isoler.
J'ai ensuite envisagé d'aller à Saint-Germain-de-Tallevende-la-Lande-Vaumont mais la météo y était trop incertaine.
J'ai également pensé me reposer à Beaujeu-Saint-Vallier-Pierrejux-et-Quitteu mais les congères d'artichauts sont très fréquentes dans cette région en janvier.
Finalement mon choix s'est porté sur le petit village d'Y dans la Somme. Je me suis dit qu'en plus cela me ferait gagner du temps dans la rédaction d'un ordre de réexpédition pour mon courrier.

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Mardi
Je suis arrivé à l'auberge où j'allais résider quelques jours. Je me suis renseigné auprès du bistrotier pour savoir s'il y avait des choses à voir dans le village : « Mon bon monsieur, ici c'est la campagne. À part l'église et descendre la rue principale, vous aurez vite fait le tour. Mais vous avez de la chance, il y a en ce moment une exposition dans la salle des fêtes ».

Mercredi
Aujourd'hui, j'ai visité l'église d'Y, jolie petite église. Malheureusement, elle a à moitié brûlé dans un incendie l'année dernière. Le clocher est tombé mais elle reste très jolie. Trois arches avec au-dessus une petite rosace entourée de deux tourettes carrées.
Je rentre dans l'église. Coïncidence, je n'ai pas fait trois pas qu'une délicate mélodie d'orgue charme mes oreilles. D'abord, je pense qu'elle est enregistrée, mais je m'aperçois qu'elle vient d'un orgue caché dans la pénombre. Mes yeux s'habituant à l'obscurité j'arrive à discerner, au-dessus de l'orgue, le sommet d'une tête. Des cheveux noirs qui se balancent au rythme de la musique. Je m'assieds pour écouter...
Au bout d'une heure la musique s'arrête et je vois une petite asiatique se lever, prendre ses affaires et sortir rapidement. Le temps de réagir et d'arriver au portail, trop tard, elle a disparu ! Dommage, j'aurais bien aimé lui parler.

Jeudi
Aujourd'hui j'ai descendu la rue principale du village, elle est plutôt agréable. Dans le haut, un grand bâtiment carré au toit plat et sans murs, plein de courants d'air. Sur la droite, une pharmacie dont le nom est bizarrement écrit en anglais, sur la gauche une salle de cinéma, sur la droite un restaurant avec des parapluies rouges sur sa terrasse, des boutiques de prêt-à-porter. En bas de la rue, un grand bâtiment avec un drapeau dessus et un gendarme devant, sans doute la mairie ou un bâtiment administratif. La rue se termine sur une place ronde avec au milieu un monument pointu à la gloire de je ne sais qui. Derrière ce monument il doit y avoir une foire car je vois une grande roue qui dépasse. J'irai voir demain.
La petite organiste que j'ai entendu hier me chantonne dans la tête.

Vendredi
Comme prévu je suis allé voir la foire. Derrière les manèges des gens sont rassemblés sur une place pour écouter une fanfare. En son milieu, un kiosque en pierres blanches avec une date : 5 janvier 1875. Le kiosque est couvert par une coupole verte et deux petites statues dorées de chaque côté. Des petits rats blancs courent dans les trous du muret formant la base de l'édifice.
Un concert est commencé, quelques instruments : caisse claire, trompette, trombone et un vieux piano. J'ai un choc ! Ma petite organiste s'est muée en pianiste. Je m'assieds sur une chaise et je décolle. Les instruments s'estompent pour ne laisser que le piano. Nos yeux se croisent et elle soutient les miens, j'ai même le sentiment qu'elle me sourit.
Le concert terminé je voudrais lui parler mais il y a trop de monde. J'arrive quand même à l'approcher et la félicite pour sa prestation. Je lui dis que j'aimerais la revoir, elle me répond qu'elle ira demain voir l'exposition de la salle des fêtes. Nous convenons d'un rendez-vous sous le réverbère à côté de la salle.

Samedi
À l'heure dite, j'étais sous le réverbère, avec une boîte de chocolats pour faire bonne figure. Ma petite asiatique arriva, nous prîmes des tickets dans une tente pyramidale transparente montée devant la salle des fêtes. L'exposition était assez chouette, des peintures, des portraits, je remarquais en particulier une dame qui me regardait avec un regard indéfinissable, d'autres tableaux dont un radeau qui nous médusa. Il y avait également des statues, je découvris une déesse Aphrodite qui aurait pu être extraordinaire mais qui malheureusement avait perdu ses bras.
Elle me raconta sa vie, elle s'appelait Ioula, était chinoise, née sur un boat people et arrivée en France très jeune. Elle avait été placée puis adoptée par une famille ypsilonienne. Son oncle, Onésime Graffman lui avait appris le piano.
Nous avons remonté la rue principale et mangé dans un petit restaurant, le " Georg'vé ". Nous avons ensuite continué notre visite d'Y " by night ". De l'autre côté de la rue se trouvait un routier, le " Lit d'en haut ". La façade était étroite mais bien éclairée, les murs étaient décorés de posters de femmes assez dénudées. Il semblait y régner une bonne ambiance et nous avons décidé d'y passer le reste de la soirée. Je n'ai pas du tout prêté attention aux serveuses pourtant très aguichantes.
Ces quelques heures furent pour moi les plus belles de ma vie.

Dimanche
Quand je me suis réveillé, Ioula n'était plus là, il pleuvait sur Y, je devais rentrer travailler.

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À quoi tiennent les choses, Ioula est devenue une grande artiste internationale. Moi, j'ai abandonné depuis longtemps la politique. Bien que vingt ans se soient passés, Ioula est toujours restée dans mon coeur.

Souvent le monde est petit et étriqué mais notre cœur peut être énorme.

John Duff

separation

l'Agenda Ironique de décembre 2020

Irréversibilité


Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les fakes news, les mensonges, l'égoïsme, la tromperie,
Ce fou de Trump qui dirige les États-Unis,
Quand la bassesse s'élève au rang de capitaine.
Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?

Ange plein de santé, connaissez-vous le COVID,
Les Raoult, Salomon, les Pfizer et Véran,
Et cette sensation que partout on nous ment,
Et ces morts par milliers dans les EHPAD qu'on vide,
Ange plein de santé, connaissez-vous le COVID ?

Ange plein de pureté, as-tu mis ta crit'air,
Gaz de schiste, Monsanto, quand partout la mer monte,
La Terre qui s'écroule et les états n'ont pas honte,
Nos sauveurs sont des ayatollahs doctrinaires,
Ange plein de pureté, as-tu mis ta crit'air ?

Ange plein de grandeur, ben qu'est-ce qu'y s'passe à Paris ?
Arrêtez d'nous causer d'régionalisme, faite-le enfin
Et comme on dit dans l'nord : « cre vin dieu la marie,
Freume tin chucrier, ches mouques y vont rintrer d'dins
 ».
Ange plein de grandeur, ben qu'est-qu'y s'passe à Paris ?

Ange plein de bonheur, enfin deux mille vingt-et-un,
J'irai au concert, ciné et à l'opéra,
Je pourrai enfin voir sur scène la belle Yuja,
Annus horribilis c'est maintenant ta fin,
Ange plein de bonheur, enfin deux mille vingt-et-un !


John Duff