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L’Agenda Ironique

Liste des textes

L'Agenda ironique de février 2026 est organisé par Jérôme sur son excellent site « Carnets Paresseux ».
Il nous demande tout simplement un accident calendaire du genre Saint-Valentin qui s’enchaîne à un vendredi treize, du passé et du futur entremêlimêlotés, de l’agenda, de l’ironie, le tout entrelardé de Francis Cabrel (et un zeste facultatif de soirée chez Flammarion pour les plus opiniâtres) !

Vendredi 13

Yuja était paraskevidékatriphobique, Momo était paraskevidékatriphile. Dans un monde idéal, ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Mais, est-ce que ce monde est sérieux ?, la vie les avait rassemblés.
À chaque fois qu'un vendredi treize se profilait, Yuja s'angoissait, devenait irritable et ne sortait plus. Momo, au contraire, s'épanouissait, s'ouvrait au monde et courait au tabac du coin acheter des grilles de Loto.
Comme ces vendredis treize revenaient quand même de manière assez récurrente, ils les avaient théorisés pour les gérer au lieu de les subir.

Ils avaient découvert que notre année grégorienne avait un cycle qui se répétait à l'identique tous les quatre cents ans, et que ce cycle comportait 688 vendredis. Que certaines années ne comportaient aucun vendredi treize, d'autres un seul, d'autres deux, d'autres trois, mais jamais quatre.
En approfondissant encore le sujet, ils s'étaient aperçus que, sur ce cycle, 56 années n'avaient aucun vendredi treize (14 %), 170 années en possédaient un (42,5 %), 170 années en possédaient deux (42,5 %) et treize années en possédaient trois (1 %).
Ils s'aperçurent enfin que le treizième jour du mois dépendait de deux facteurs : le premier jour de l'année et sa bissextilité. Ainsi, par exemple, si une année commençait un dimanche et n’était pas bissextile, alors il n'y avait aucun vendredi treize dans l'année.
Et donc, comme le nombre moyen de vendredis treize par an était de 1,72, ils avaient mis au point un système de bonus-malus pour indemniser Yuja s'il y en avait plus, et Momo s'il n'y en avait moins.
La formule donnait :

Ce bonus était composé d'un nombre d'heures de travaux ménagers supplémentaires.

En ce vendredi treize de février 2026, Yuja était peut-être encore plus angoissée que d'habitude dans l'attente d'une catastrophe à venir.
- Et ça continue, encore et encore, gémissait-elle en sentant son cœur battre la chamade.
Avant d'aller rendre l'âme dans sa chambre, elle donna à Momo ce qui lui semblait être ses dernières volontés :
- Tu as vu, en mars, on a encore un vendredi treize. J'ai calculé la compensation, tu me dois six heures de travaux ménagers. Pendant que j'essaye de me calmer, peux-tu laver la maison et faire la vaisselle.
- Merde, merde, merde, pensa Momo. Le lave-vaisselle était en panne depuis une semaine et une quantité monstrueuse de vaisselle s'accumulait dans l'évier.

Faisant mauvaise fortune bon cœur, Momo s'attela à la vaisselle. L'égouttoir fut vite plein.
Avisant le piano de Yuja, placé à mi-chemin entre la cuisine et le meuble de rangement, il décida d'y entreposer provisoirement la vaisselle excédentaire. Le piano n'était bien entendu pas un vaisselier réglementaire, mais Yuja ronflait, il ne risquait rien.

Mais hélas, Yuja ne dormait pas du tout. Son angoisse d'un drame était trop forte. Elle descendit chercher un calmant, comme elle faisait à chaque fois qu'elle ne voulait pas dormir.
Quand elle entra dans la cuisine, Yuja réalisa que son pire cauchemar de vendredi treize s'était réalisé. Elle n'était pas violente, loin de là, mais son angoisse du jour, liée à l'attitude irresponsable de Momo, la fit craquer.
Elle ressuscita à une vitesse fulgurante et, l'instant d'après, le vent se déchaîna :
Saisissant les assiettes et les couverts entreposés sur son piano, elle commença à les jeter sur Momo.
- Espèce de saligaud, s'écria-t-elle, tu vas me saloper mon piano, ça va abîmer le verni et tout le désaccorder.

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créé avec ChatGPT

Momo esquivait la vaisselle comme il le pouvait, mais à un moment, une assiette lui heurta l'arcade sourcilière et celle-ci explosa. Cela calma instantanément Yuja, qui n'avait jamais souhaité le blesser.
Sans se concerter, il pencha la tête au-dessus de l'évier pour ne pas salir la maison, pendant qu'elle allait chercher des pansements dans la boîte à pharmacie.

Quand le pansement fut posé, il y eut un moment d'hésitation : que faire ?
Ils avaient tous les deux à s'excuser et à pardonner.
Ce fut Momo qui prit l'initiative. Il alla chercher derrière un vieux bouquin Flammarion sur les cercles de lecture au XXe siècle une petite boîte à bijoux qui y était cachée depuis une semaine, il la donna à Yuja en disant :
- Tu as versé sur ma vie des milliers de roses. Joyeuse Saint-Valentin, mon amour.
Yuja l'embrassa.
Quand leurs lèvres entrèrent en contact, Momo se dit :
- Je l'aime à mourir. Le vendredi treize, c'est vraiment un jour de chance, les paraskevidékatriphobiques sont vraiment des nuls.

John Duff, février 2026

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L'Agenda ironique de janvier 2026 est organisé par jobougon sur son excellent site « L'impermanence n'est pas un rêve ».
Il nous demande tout simplement d'aller interviewer Dieu.
Et d'utiliser quelques-unes des expressions suivantes :
1 – Aujourd’hui à midi pile
2 – Ça ressemble presque à une blague
3 – Succession de bruits
4 – Comme un avis à la population
5 – Cherche toujours
6 – Sujet brûlant
7 – Profonde pensée philosophique
8 – Ça a l’air vieux mais
9 – Pas de place pour

Les ailes du désir (deuxième partie)

Cela faisait vingt minutes que Momo essayait de doubler ce camion, mais toujours, une voiture en face ou une bande blanche continue l'en empêchait. Il s'était déporté plusieurs fois sur la droite, mais avait été obligé, à chaque fois, de se rabattre en catastrophe derrière son camion. Quand, soudain, un petit bout de ligne droite apparut. Pas terrible, mais il était tellement excédé, il attendait cette opportunité de doubler depuis si longtemps qu'il pensa qu'elle serait suffisante.
Un coup d'œil dans le rétro, un autre sur la route devant lui.
- J'y vais, décida-t-il.
- Mon Dieu, s'écria Yuja, tu es fou.
Mais, les dents serrées, Momo s'était déjà décalé à gauche et avait accéléré à fond.

Il avait presque terminé son dépassement et allait se rabattre devant le camion quand un autre poids lourd déboucha du tournant devant lui. Ce n'était vraiment pas de chance.
Cela se passa en une fraction de seconde, une grosse explosion, suivie d'une succession de bruits m étalliques et d'une pluie de débris retombant sur le bitume.

Momo se réveilla dans une espèce de nuage blanc. Son premier réflexe fut de chercher sa copine Yuja, mais il était seul. Il s'aperçut qu'il pouvait marcher et se mit à avancer. Assez rapidement, il distingua une ombre qui se précisa. C'était un vieux monsieur vêtu d'une robe blanche et portant une auréole pendante sur la tête.
- On est où ? demanda Momo.
- Si tu ne le sais pas, c'est que tu as dû mourir de mort violente, répondit le monsieur. Je vais te le rappeler.
Il fit un geste vers le bas et, comme un hologramme, Momo revit l'accident. Il vit sa voiture se décaler et heurter de plein fouet le camion. Cela avait été violent. Le préposé à l'accueil des âmes défuntes, car c'était bien lui, apprécia en connaisseur.
- T'as fait fort, dit-il. Avec ça, plus aucun point : ni de permis, ni de vie. Et il se présenta.
- Je suis Michel, bienvenue à la gare de tri du purgatoire. Si tu es ici, c'est que tu n'as pas été assez bon pour aller au ciel, ni suffisamment méchant pour aller en enfer.
- Et combien de temps je vais rester ici ? Cinq ans, cinq mille ans, cinq millions d'années ?
- Rien de tout cela, répondit le Charon de service. En bas, vous avez toujours fait une traduction erronée des tablettes sacrées. En fait, le purgatoire tel que vous l'imaginez n'existe pas. Le vrai purgatoire, c'est la Terre. Tu vas y retourner et revivre des vies autant de fois qu'il le faudra, jusqu'à ce que tu mérites ta place au Paradis.
- Et Yuja ? demanda Momo. Où est-elle ?
- Yuja était ton ange gardien. Sa mission terrestre pour la sauvegarde de ton âme est terminée et nous l'avons rangée là-bas, répondit-il, avec les autres anges gardiens en attente d'affectation.

Il montra un bac de CD ; sur le dessus de la pile, un disque de piano avec sa copine Yuja sur la pochette.

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Créé avec ChatGPT

Ce fut trop pour Momo. Il avait perdu sa caisse, sa vie, et il apprenait que sa copine n'existait pas.
- Mais c'est quoi ce bordel ! commença-t-il à hurler.
- Calmez-vous, vous êtes responsable de votre situation, dit le Cerbère d'astreinte.
- Vous faites tous chier, j'ai rien demandé…
Il fit un tel barouf que Dieu descendit voir la raison de ce vacarme.
- Monsieur veut récupérer sa copine, qui était son ange gardien, mais nous l'avons déjà remise sous cellophane.
Dieu interrogea Momo du regard pour avoir sa version. Celui-ci craqua ; en pleurant, il raconta sa mésaventure.
- Ça ressemble presque à une blague : aujourd’hui à midi pile, j'arrive ici. Je dis à ce monsieur que je cherche toujours ma copine. Il me répond qu'il n'y a pas de place pour elle ici. Il me dit ça comme un avis à la population, sans se rendre compte que c'est un sujet brûlant pour moi. C'est de ma vie qu'on parle. Enfin « ma vie », je sais que ce n'est pas le bon terme, mais bref, j'ai pété les plombs.
Dieu réfléchit un instant. Derrière la colère de Momo, il voyait son désespoir. Personne ne s'étonnera ici si je vous dis que Dieu est profondément bon. Il fut ému par l'histoire de Momo et décida de lui venir en aide.
- On peut peut-être faire un truc. Pour ton prochain séjour sur Terre, ce n'est pas vraiment légal, mais si on te remettait avec Yuja ?
Et le Michou d'outre-tombe de renchérir :
- Il y a déjà eu des cas où des anges gardiens ont renoncé à leur statut d'êtres immortels pour rejoindre un humain.

C'était le week-end. Momo et Yuja avaient décidé d'aller le passer à la mer. Quatre-vingts kilomètres, et au bout, la bronzette, les moules-frites, que du bonheur.
Il suivait un camion qu'il n'arrivait pas à doubler. Il voulut se décaler, jeta un coup d'œil dans le rétro.
- Non, dit simplement Yuja.
Momo n'insista pas. Il sortit sur l'aire de repos pour prendre un café et se délasser quelques minutes.
- Ça a l'air vieux, notre accident, dit Momo, mais je regrette un peu le temps où je ne savais pas que tu étais un ange gardien. Maintenant, je ne peux plus te contredire, car je sais que tu as toujours raison, c'est assez frustrant.
- Tu as raison, mais n'oublie pas que j'ai renoncé à mon immortalité pour toi. Je n'ai pas envie que tu repartes au ciel et de rester toute seule en bas comme une conne.
- Il y aurait peut-être une solution : si on mourait tous les deux et que l'on repassait l'examen d'ange gardien ensemble ?
Yuja eut cette profonde pensée philosophique :
- C'est quoi le mieux : tous les deux ici, libres dans un monde pourri, ou tous les deux au Paradis, ensemble pour l'éternité ?

John Duff, janvier 2026

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La marche pour la planète

L'Agenda Ironique de décembre est organisé par Jérôme sur son excellent site Carnets Paresseux".
Il nous demande de parler de retard (avec ou sans esse à la fin). Et puis quoi plus ? Quand même quelques mots imposés : Galapiat (désidérata de John), renard (parce que j’aime bien les renards), regard (pour l’allitération) et gourgandin. Et puis, des mots à éviter : Noël, sapin, ratiocination et budget. Et encore : une couleur, une saveur, une coquille, une odeur ou un parfum. Pour la forme, ce que vous voulez : ici règne une certaine liberté. Vous pouvez aussi vous inspirer de la photographie de la rue Dupuytren, mais personne ne vous en voudra de ne pas le faire. Et puis du mystère, du calendrier (après tout, on est en plein avent, et ensuite on sera après), du suspense, des jours et des dates ; enfin, évidemment, de l’ironie. 

La marche pour la planète

Momo était chercheur à l’Institut d’Astronomie de Plougastel, et la découverte qu’il venait de faire était stupéfiante : la Terre prenait du retard dans sa rotation. C’était tellement extraordinaire qu’il ne pouvait pas garder cela pour lui. S’il s’avérait que cette découverte n’était qu’un artefact, il ne voulait pas subir l’opprobre et le déshonneur seul ; par contre, il se voyait bien partager les lauriers et les récompenses avec sa petite collègue pour qui il en pinçait secrètement.

Celle-ci s’appelait Yuja. Elle accepta bien volontiers d’aller vérifier ses travaux ; ses conclusions furent sans appel, bien que légèrement différentes de celles de Momo.

 - Tu as raison, dit Yuja, la rotation de la Terre a pris du retard, mais celui-ci n’est pas de 37 secondes : il est de 43 secondes.

Ils refirent une mesure ensemble et furent glacés. L’extrapolation du retard était maintenant de 54 secondes. Cela signifiait que non seulement la Terre avait pris du retard, mais que celui-ci s’accentuait très vite. À cette vitesse, la Terre ne survivrait pas longtemps : la face exposée au Soleil grillerait très vite et l’autre gèlerait dans la même proportion.

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créé avec Chatgpt

Ils allèrent immédiatement rapporter cette découverte à leur chef. Hélas, ce dernier n’y connaissait pas grand-chose en astronomie, c’était un ancien politique qui avait été replacé là pour services rendus (ou éventuellement quelques infamies). Mais c'était un fin renard, il ne se mouilla pas. Il pensait qu’il serait toujours temps de s’attribuer les mérites de la découverte plus tard, mais que, tant que celle-ci n’était pas certaine, il valait mieux rester à l’écart.

Momo et Yuja contactèrent donc le ministère des Planètes et Étoiles. Celui-ci n’avait pas non plus de compétences particulières en étoilologie, mais il comprit quand même que quelque chose de très grave se passait. Il leur déclara simplement :

 - Il me faut un plan d’action pour dans deux heures.

Et il les raccompagna.

Momo et Yuja se regardèrent : que faire ? Ils n’avaient jamais été confrontés à ce genre de problème, comment faire tourner la Terre plus vite ? Ce fut Yuja qui proposa une solution.

 - Quand j’étais petite, nous avions un hamster qui tournait dans une roue. Si tous les gens de la planète marchaient ensemble dans le même sens, cela aurait peut-être le même effet sur la Terre que la marche du hamster dans sa roue. C’est comme si le hamster était au-dessus de la roue au lieu d’être dedans.

Momo n’avait pas de meilleure idée et acquiesça :

 - OK, on part comme cela.

L’alerte internationale fut donnée : tous les pays refirent les mesures et constatèrent que la Terre prenait réellement du retard, menaçant toute vie sur la planète à brève échéance si on ne faisait rien. Comme personne n’eut de meilleure idée que Momo et Yuja, tous les pays acceptèrent dans l’espoir d’enrayer cette fin du monde annoncée.
En cas de risque mortel, même les pires ennemis arrivent à coopérer. Certains avaient bien quelques arrière-pensées : la Russie semblait très heureuse d’aller marcher en Occident, sans se rendre compte que la Chine était très heureuse d’aller marcher en Sibérie.

Bref, tout le monde accepta. Il fallut définir les règles de cette marche pour la survie de la planète.

Comme il fallait bien continuer à vivre, à produire de la nourriture, on décida que les gens ne marcheraient que 50 % de leur temps et que, pendant l’autre moitié, ils feraient bouillir la marmite pour eux et les marcheurs. Pour les marcheurs, c’était vingt kilomètres par jour, modulable en fonction de l’état physique de chacun. La logistique : les clés des maisons devaient se trouver sous le paillasson, le frigo plein, et de la nourriture adaptée à disposition, comme des coquillettes…

La moitié des habitants de la planète - quatre milliards de personnes - se mirent en marche vers l’ouest le 18 décembre 2025.
Les Bretons s'aperçurent les premiers qu’un problème se posait lorsqu’on arrivait à un océan. On organisa donc des navettes pour transporter les marcheurs de l’autre côté. La Russie, qui avait un pont qui ne servait plus, accepta de le déplacer sur le détroit de Béring pour traverser l’Atlantique plus facilement.

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créé avec Chatgpt

Arrivés aux USA, ils constatèrent que le président de ce pays, qui faisait marcher les gens sur la tête, les faisait aller à contresens vers l'est. Momo et Yuja résolurent le problème en lui attribuant un prix pour sa clairvoyance, et les Américains repartirent dans le bon sens.

Momo et Yuja s’étaient préparé un parcours qui passait par un maximum d’observatoires pour mesurer le retard pris par la planète et estimer l’effet de leur marche sur elle. Aux États-Unis, ils passèrent par les télescopes des monts Fowlkes, Graham et Palomar, rien à signaler.
En revanche, à l'étape suivante, lorsque momo sortit du Maunakea Observatories, de Tahiti, il avait le regard sombre, comme s’il venait de constater une mauvaise nouvelle.

Mais leur journée était finie. Ils allèrent se reposer sur la plage, en face de l’océan. Ils étaient étendus sur le sable : devant eux, l’eau bleue du lagon miroitait, et leur Mai Tai sentait le citron vert et l’orgeat.

Momo annonça tout d’un coup :

 - Il n’y a pas de ralentissement de la Terre. Tout le monde s’est trompé.

 - Mais tous les scientifiques l’ont observé…

 - Il s’agit d’une éruption solaire qui a déréglé les horloges atomiques de tous les laboratoires. La Terre n’a pas ralenti d’une seconde. Je pense que nous avons perdu notre temps et nos emplois. Pour la Terre entière, nous ne seront plus qu’un galapiat et une gourgandine. Nous avons fait tout cela pour rien.

Yuja sourit doucement.

 - Cela n’a pas servi à rien.

 - Alors… à quoi ça a servi ?

 - À faire marcher ensemble des gens qui ne s’étaient jamais parlé.
À faire coopérer des pays qui ne se supportaient pas.
À nous soucier de la planète, juste une fois.

Ils regardèrent l’horizon.

 - Tu as peut-être raison, dit Momo.

 - On est bien ici, conclut Yuja : je vais faire venir mon piano.

John Duff, décembre 2025

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L'Agenda Ironique de novembre est organisé par moi-même sur ce blog, il est hébergé par l'excellent tiniak sur son excellent site poLétique et tocs".
En ce mois de novembre où les jours raccourcissent, où la pluie nous mouille et où le froid s’installe, j’aimerais vous proposer pour thème ma réponse à ces rigueurs de l’automne : l’hibernation.
En chausse-trappes amicales, il serait intéressant d’utiliser les mots suivants : sérendipité, nitescence, melliflu, alacrité, anachorète, ainsi que la petite Yuja Wang.
Pour donner un peu de tenue morale à ces agendas, je vous propose d’y placer cette belle et hypothétique morale de Jean de La Fontaine : « Un escargot pressé perd sa maison. »
Voici les définitions des mots choisis :
• Sérendipité → le fait de découvrir quelque chose de beau par hasard.
• Nitescence → éclat doux, lumière qui brille doucement (comme celle de la lune).
• Melliflu → qui a la douceur du miel.
• Alacrité → joie vive et pleine d’énergie.
• Anachorète → personne qui vit seule, retirée, du monde pour réfléchir ou prier.
• Yuja → obsession bien connue d’un agendiste du dimanche.

L'ours et la belette

Momo était un jeune ours brun, il habitait la plus belle des tanières du pays, une vaste caverne traversée par un ruisseau et tapissée de mousse et de feuilles séchées. Tous les animaux de la forêt auraient souhaité y habiter, mais Momo avait imposé son droit de propriété, car il était le plus fort. Les autres avaient été obligés de s'abriter dans des grottes plus petites, sans l'eau courante ou dans les courants d'air.
Dans la vie, on fait plus souvent ce que l'on peut que ce que l'on veut.

En ce mois de novembre où les jours raccourcissaient, Momo vérifiait la préparation de son hibernation prévue pour la semaine suivante, la mousse pour se faire un matelas, le bois pour passer l'hiver au chaud et la nourriture, noisettes, miel et autres provisions melliflues.

Dehors, il tombait des cordes. Yuja, la petite belette était trempée, il lui fallait absolument trouver un abri pour ne pas mourir de froid, lorsqu'elle découvrit la grotte de Momo. Elle commença à rentrer prudemment, mais un grognement comminatoire de Momo la figea nette.
- Mon Dieu, se dit-elle, le locataire de cette grotte n'a pas l'air commode, un escargot pressé perd sa maison, essayons d'abord de l'amadouer.
- Bonjour l'ami, vous avez une bien jolie grotte, l'avez-vous trouvée par sérendipité ?
- Je l'ai prise parce que je suis le plus fort.
- L'hiver approche et je venais voir si tu avais tout ce qu'il te fallait pour ton hibernation.
- J'ai tout ce qu'il me faut.
Mais il en fallait plus pour décourager Yuja, toujours pleine d'alacrité.
Avisant la provision de nourriture entassée à côté du ruisseau, elle lui dit :
- Il n'est pas prudent de laisser vos réserves si près de la rivière, si les pluies continuent et que le niveau monte, toutes vos provisions risquent d'être gâtées en une nuit.
- Si tu ne sors pas de ma grotte immédiatement, je te mets dans mon garde-manger.
- Ami Ours, vous vivez en anachorète et je comprends bien que je vous gêne, mais savez-vous que je peux vous être très utile ?
- Cela m'étonnerait.
- Messire, votre grotte est vaste, laissez-moi passer l'hiver au chaud avec vous, je veillerai au grain et vous alerterai si quelque danger arrive. Si vous le voulez, je veillerai sur le feu.
- Je n'ai pas besoin de tes services.
- Les chasseurs rôdent dans la vallée, toujours à l'affut d'un mauvais coup, ils ne font pas de quartier, nous ne serons pas trop de deux pour veiller au grain.

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Créé avec ChatGPT

Ce n'était pas complètement faux. Même si l'alliance d'une belette et d'un ours est assez inhabituelle, les parents du jeune ours lui avaient toujours appris que l'efficacité passe parfois par des changements d'habitude ou des innovations. Mais comment avouer cela à une belette ?
- Mais que veux-tu, à la fin, demanda Momo ?
Yuja n'avait plus d'arguments, elle n'avait plus que la vérité.
- Messire, il fait froid, je suis mouillée et si je reste dehors encore une nuit, je mourrai d'une fluxion de poitrine.
Momo eut pitié de cette petite chose qui le sollicitait. D'ailleurs, ce n'était même pas une denrée alimentaire, il avait déjà mangé de la belette et il n'aimait pas ça. Il fut touché par ce désespoir et il toléra que la petite bête passe l'hiver dans un coin de la grotte. Yuja le remercia de tout son cœur et alla s'installer sur un tas de feuilles mortes.

Quelques semaines plus tard, au milieu d'une nuit d'hibernation, Yuja se réveilla, son instinct l'avertissait que quelque chose allait se passer, mais quoi ?
Elle alla à l'entrée de la grotte, rien, seule, la lune trônait au milieu du ciel.
Soudain, un craquement sinistre retentit, une pluie de cailloux leur tomba dessus, et, dans un bruit assourdissant, l'entrée de la grotte s'écroula. Un éboulement venait de condamner l'accès de la grotte. Quand la poussière se posa au sol, il ne faisait pas complètement noir, une lune nitescente éclairait la grotte par une ouverture qui avait subsisté dans la paroi.
Momo était entièrement coincé. Yuja parvint cependant à se faufiler au-dehors par le trou entre les cailloux.

Toute la région avait été secouée, dehors, les animaux étaient prudemment sortis de leurs abris, dont la plupart s'étaient écroulés.
Yuja les prévint que Momo était resté bloqué dans la sienne, mais ce fut plutôt une bonne nouvelle pour les autres animaux.
- C'est un égoïste, il ne connait que sa force.
Mais Yuja parvint à les convaincre. Il n'était pas si méchant que cela, il l'avait abritée au début de l'hiver, et ils avaient tout à gagner à secourir Momo. Yuja organisa les secours, les animaux firent une chaîne pour dégager l'entrée de la grotte.

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Créé avec ChatGPT

Momo comprit alors que la solidarité était bien plus importante que la force brute de n'importe quel individu, fût-ce lui. Il repensa à son égoïsme d'avant, il comprit que l'accueil d'une belette trempée lui avait sauvé la vie bien plus surement que ses griffes acérées et ses dents pointues. Cela lui réchauffa l'âme ; il décida de s'amender.

Momo et Yuja vivent maintenant ensemble dans cette grotte qu'ils ont transformée en chambre d'hôte.
Et depuis ce jour, ils laissent toujours un coin de mousse libre pour une bête en perdition.
Ils ont posé un paillasson devant la grotte avec l'inscription « Ami, sois le bienvenu ».

John Duff, novembre 2025

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L'Agenda Ironique de novembre est organisé par tiniak sur son blog poLétique et tocs.
Le thème est : L'amour peut-il être une réponse ?
Il faudra utiliser au moins cinq mots parmi Mijaurée – une fois par Lune bleue (traduction de l'expression anglaise, Once in a blue moon)– Rivancher (accorder à autrui l’occasion de prendre sa revanche ou, plus finement, accorder à soi-même la satisfaction d’une revanche méritée avec panache) – faire l’effet d’un godmoche à roulasse (s'en moquer) – Il pleut des chats et des chiens (traduction de l'expression anglaise, it rain cats and dogs) – gai(e)-luron(ne) – quand les cochons voleront (traduction de l'expression anglaise, When pigs fly) – branleuse de gendarme (ancien nom donné à la repasseuse, dont le fer était ainsi désigné) - Quand les poules auront des dents.
Il est également proposé d'utiliser un boustrophédon.

L'invasion des Gacrux

Momo était opérateur de drones stratosphériques, Yuja était mitrailleuse laser, ils formaient un binôme dans la dixième compagnie, cinquième bataillon et troisième régiment de l'armée de la planète Terre.
Présentement, ils tentaient de repousser une attaque gacruxène qui souhaitait raser notre globe pour s'en faire un petit pied-à-terre. Les Gacrux lançaient des bombes planantes avec des ailettes qui donnaient l'impression qu'il pleuvait des chats et des chiens.

Dans la vie, Yuja et Momo étaient des gais lurons, mais maintenant, ils ne riaient pas. Ils ne communiquaient même pas, car c'était inutile. Tous les systèmes du régiment étaient reliés et synchronisés entre eux, le drone de Momo, la mitrailleuse laser de Yuja, la logistique des munitions, tout était automatisé et relié au poste de commandement. Celui-ci était installé de l'autre côté du fleuve Amour qui sépare les provinces terrestres de Chinongolie et de Nepalibet. Il donnait ses instructions et suivait les résultats de tout le régiment en direct.

Au début, cela ne se passait pas trop mal. Momo, avec son drone en altitude, repérait et transmettait les coordonnées des vaisseaux ennemis à Yuja, et celle-ci tirait, tirait, tirait en continu. Et les Gacrux explosaient, explosaient, explosaient. Mais il en revenait sans cesse, un peu comme les Indiens dans les westerns de série B des années quatre-vingts. Ils géraient la situation, mais ils sentaient bien que s'ils ralentissaient le tir, ils seraient vite submergés.

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Créé avec ChatGPT

Tout à coup, un éclair de plasma partit du vaisseau amiral gacrux, il traversa le ciel et atteignit le bunker de commandement terrestre qui fut vaporisé instantanément.
La centralisation présente pas mal d'avantages, mais Momo et Yuja en découvrirent l'inconvénient immédiatement. À la seconde où le QG disparut, les lunettes de vision stratosphérique de Momo devinrent noires et la mitrailleuse de Yuja cessa de tirer. C'était devenu très chaud pour Yuja et Momo, mais ils réagirent instantanément.
- Sauvons-nous, cria Yuja.
Une bombe explosa tout près et Momo fut projeté en roulé-boulé dans les airs.
- eésum ud irba'l à snolla ,iuO
Il s'était déjà relevé et courait vers l'abri.
Celui-ci n'était pas très loin, il était situé dans le sous-sol d'un musée en centre-ville. Il suffisait d'atteindre l'autre extrémité de l'avenue principale, une foule de gens déjà s'y précipitaient. Ils remontèrent l'avenue plus vite qu'ils ne l'avaient jamais fait.

Le musée avait été construit au-dessus d'un ancien blockhaus datant d'une guerre du XX e siècle, certaines galeries souterraines faisaient partie de la visite du musée. Les plus profondes avaient été reconverties récemment en abri souterrain. Ils traversèrent en courant le jardin du musée, plein d'antiques canons aux noms fleuris, « si vis pacem, para bellum », « La branleuse de gendarme » , ou « canon des météores ».
Ils arrivèrent enfin dans le sous-sol sécurisé, mais ne soufflèrent pas longtemps. Un nouveau groupe de personnes arrivait, affolé :
- On va tous mourir, un astéroïde de 50 km de diamètre nous tombe dessus.

Il ne servait plus à rien de rester enterré, la vingtaine de mètres de terre et de béton étaient maintenant complètement dérisoires. Ils se résolurent de remonter la surface pour dire au-revoir à la vie à l'air libre.
Ils se retrouvèrent dans le jardin du musée. Dans le ciel, un point noir grossissait.
- Tu sais, Yuja, je t'aime, dit Momo toujours un peu fleur-bleue et ému par la solennité du moment. Et toi, m'aimes-tu ?
- Quand les poules auront des dents, répondit Yuja qui ne perdait pas une occasion de rivancher Momo.
Cela fit à Momo l'effet d’un godmoche à roulasse, car il connaissait bien Yuja et savait lire ses sentiments au-delà de ses paroles.

Avisant le « canon des météores », il décida de fanfaronner à son tour.
- Utilisons ce canon pour nous défendre, comment ça marche ce truc, ça ressemble à tout sauf à un canon.
Il s'agissait en fait de cinq poteaux cylindriques d'environ un mètre de haut disposés en cercle. Le haut de chaque cylindre était percé d'un petit trou et un récipient était posé à côté.
Sur le premier cylindre, le récipient était rempli d'une sorte de terre que Momo mit dans le trou. Le cylindre se mit à vibrer, mais rien de plus ne se produisit. Dans le second cylindre, c'était de l'eau et Yuja fit de même. Dans le troisième, c'était deux substances chimiques qui s’enflammèrent lorsqu'elles furent rassemblées. Dans le quatrième, c'était un soufflet qui fut actionné. Ils avaient chacun fait le tour du cercle en sens inverse et se retrouvèrent devant le cinquième cylindre, il n'y avait rien dessus.

Dans le ciel, ce n'était plus un point noir, mais on voyait distinctement la météorite qui grandissait à vue d’œil, l'impact était imminent.
- Je sais, dit Yuja, on a étudié cet engin en cours d'histoire. Notre professeur, M. Bessan, nous a expliqué qu'il utilise la force des cinq éléments fondamentaux de l'univers pour créer un rayon qui peut détruire n'importe quoi. Ces éléments, se sont la terre, l'eau, le feu, le vent, et le cinquième élément, c'est l'amour, et elle embrassa Momo.
Au contact de leurs lèvres, le cinquième cylindre se mit à vibrer aussi. Puis, des cinq cylindres sortirent des jets de lumière qui se rassemblèrent au centre du cercle et partirent dans le ciel à la rencontre de l’astéroïde qui explosa quelques secondes plus tard.

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Créé avec ChatGPT

- Mais bien entendu que je t'aime, dit Yuja, et heureusement, sinon on serait tous morts. L'amour, c'est toujours la solution.

John Duff, octobre 2025

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L'Agenda ironique de septembre est organisé par Sabrina sur son blog Entre les lignes.
" Le thème : Parlons donc de marche au sens large, au sens figuré, au sens de la marche que vous souhaitez ! Une marche qui nous permet d’apprendre, comme un conte initiatique, si possible sans sciatique. Il faudra y incorporer les mots : paille / barrette / berger / bol (tibétain ou non). Et pour les plus téméraires, celleux qui n’ont pas froid aux yeux ni mal aux pieds, il faudra y ajouter cette phrase biscornue comme on les aime : « Celui qui pense droit marche de travers » de Jean Dypréau. "

La rentrée

Momo était un peu anxieux, il entrait en sixième. Ne serait-ce que le bâtiment du collège était déjà très intimidant, c'était une haute tour dont le sommet se perdait dans les nuages. Il était un peu perdu dans une foule énorme se pressait dans la cour qui l'entourait.
Quand il repéra de loin une petite fille portant un blouson blanc avec des traits noirs verticaux qui la faisait ressembler à un piano. Il la connaissait, c'était Yuja, sa pire ennemie. Une petite chinoise avec qui il s'était disputé pendant toute une année à l'école primaire Saint-Honoré-La-Treille. Ils s'étaient battus pour avoir le titre de meilleur footballeur de CM2. Ils s'étaient affrontés de nombreuses fois et ils rivalisaient comme si chacun voulait prendre la place de l'autre en équipe de France. Chacun avait les jambes ornées de bleus dus à des tacles pas du tout amicaux. C'était la seule personne qu'il ne souhaitait pas rencontrer.
Mais, en cette période très exceptionnelle, il fit abstraction de leurs nombreux différends. Il se rapprocha d'elle comme d'une bouée dans cet océan d'inconnus.

Ensemble, ils allèrent consulter les grands panneaux avec les listes d'élèves par classe. Il constata avec un peu de gêne qu'ils étaient dans la même sixième, la 6eB2M1.
À 8 h 30, une sonnerie retentit, un surveillant demanda à tous les élèves de rentrer dans le bâtiment et de rejoindre leurs classes.
Dans le hall, il y avait une série d’ascenseurs et au bout un escalier. Éducation nationale oblige, tous les ascenseurs étaient en panne. Une foule dense d'élèves se dirigea donc vers l'escalier. Mais il y avait tellement de monde que l'on n'avançait pas. Ils mirent près d'un quart d'heure à atteindre la première marche, et ce fut un réel plaisir de monter dessus.
Et l'attente continua, ils devaient attendre que la marche du dessus se libère pour l'occuper, mais ils étaient en même temps bousculés par les gens derrière eux qui s'inquiétaient d'arriver en retard et cherchaient à monter sur leur marche avant même qu'ils ne l'aient quittée.
Momo attendait avec hâte le premier étage, il espérait qu'une bonne partie des collégiens s'y rendraient et que cela libérerait un peu de place dans l'escalier. Il comptait à rebours les marches qui le séparaient du prochain palier.
- Moins quatre, moins trois, moins deux, moins une...

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Créé avec ChatGPT

Ce ne fut vraiment pas de bol, à peine deux ou trois élèves sortirent de la cage d'escalier, le flux à peine entamé continua vers le deuxième étage.
Au fil des étages, ils commencèrent à respirer un peu. Ils n'attendaient plus que la marche d'après se libère, car tout le monde montait à la même vitesse. Mais toujours pas de panonceau pour la 6eB2M1.

Au début, il avait compté les étages, mais il en avait perdu le fil.
Au bout d'un moment, Momo eut l'impression que les élèves devant lui montaient plus vite, il devait faire attention pour suivre le rythme. Il remarqua qu'il se désynchronisait d'avec Yuja, elle eut une demi marche puis une marche d'avance et Momo peinait à la rattraper. Il sentait que quelqu'un derrière lui essayait de le doubler.
C'est alors que Yuja lui tendit la main, Momo la saisit avec plaisir. Cela empêcha le malotru de lui passer devant et ramena Momo sur la même marche que Yuja.
Ils continuaient de monter, seuls des détails leur permettaient de savoir ce qui se passait dans tous ces étages qu'ils traversaient. Des odeurs de cuisine qui indiquaient une section de restauration ou de la paille une section agricole où se rendaient tous les futurs bergers.

Il ne restait plus grand monde dans l'escalier.
- Et si on l'avait manquée, demanda-t-il à Yuja ?
- Non, je ne crois pas, répondit-elle. Il faut continuer de monter.
C'est ce qu'ils firent. Momo était maintenant en sueur et avait mal aux jambes. Il voyait bien qu'elle aussi commençait à fatiguer et à se laisser distancer. Comme les escaliers étaient à présent clairsemés, il décida de monter en diagonal pour avoir une pente moins raide, comme les cyclistes dans les côtes en montagne. Il prit à son tour la main de Yuja et l'entraîna dans un zigzag salvateur.
D'abord un peu étonnée, elle comprit qu'ils parcouraient plus de distance pour moins se fatiguer. Elle en sut gré à Momo.
- Bonne idée, lui dit-elle.
Puis, elle continua son compliment en récitant doctement une phrase qu'elle avait lue sur l'ordinateur de sa maman :
- Celui qui pense droit marche de travers. Elle trouvait que cela collait pas mal avec leur technique d'ascension.
Et ils montaient. Tout leur corps les faisaient souffrir, mais ils montaient.

Ils n'étaient désormais plus que tous les deux, l'escalier se rétrécit, les néons devinrent moins forts.
Ils eurent l'impression que le jour déclinait, mais aucune sonnerie ne les prévint de quoi que ce soit. De toute façon, la journée ne pouvait pas être finie avant même qu'ils ne soient arrivés dans leur classe.
- Mais où sont les autres élèves de notre classe, demanda Momo ?
- Je ne sais pas, répondit Yuja. Faisons une pause, je n'en peux plus.
- Non, dit Momo, on doit déjà être en retard, passe-moi ton cartable, je vais t'aider.

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Créé avec ChatGPT

Ils arrivèrent au dernier palier. Toutes les portes étaient fermées à clef, mais une échelle en bois menait à un trou carré au plafond. Ils n'eurent pas d'autre choix que de monter.
Comme Yuja n'était pas du tout rassurée, Momo ouvrit la voie. Il regardait de temps en temps sous lui et voyait les barrettes argentées de Yuja qui tranchaient sur ses cheveux noirs.
Il réalisa qu'il ne haïssait plus du tout Yuja.

Ils entrèrent enfin dans la classe. Tous les élèves étaient déjà assis à leur place, on attendait plus qu'eux.
- Bonjour, dit la professeure, nous vous attendions. Nous allons commencer.
Je suis madame Kiplinne, votre professeure de gentillesse et votre professeure principale. Je vous enseignerai la bienveillance, le respect et je vous aiderai à devenir des êtres humains respectables.
Chacun à votre tour, vous allez vous présenter. Dire comment vous vous appelez, d'où vous venez, ce que vous aimez et n'aimez pas et ce que vous voulez faire plus tard.

Momo réfléchit. Il n'était plus du tout certain de ses choix. Pas sûr d'avoir envie d'être footballeur, il savait juste qu'il ne voulait plus jamais quitter Yuja.

John Duff, septembre 2025

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Développé par : John Duff
Créé le : 15-06-2017
Dernière mise à jour le : 10-12-2020
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